Les médias ont fait état en fin de semaine des déboires du projet de récupération de « l’île de plastique » de l’océan Pacifique. Pourtant, ce ne sont pas seulement des déboires : c’est un échec qui était écrit dans le ciel, ou plutôt dans l’océan.

Un océan est en effet composé de courants marins capricieux dont certains peuvent être très violents. C’est dans ce contexte que, le 31 décembre, une partie de la barrière flottante du projet Ocean Cleanup s’est rompue, obligeant l’équipe à en ramener les morceaux à Hawaï.

Or, qu’une barrière flottante de 600 mètres de long se rompe en plein milieu de l’océan Pacifique n’avait rien d’étonnant pour tous ceux qui avaient mis en doute la vraisemblance du projet. Les océanographes Kim Martini et Miriam Goldstein par exemple écrivaient dès 2014 que l’étude de faisabilité du projet s’appuyait beaucoup trop sur les courants marins « moyens » et pas assez sur les courants « extrêmes » susceptibles de mettre à mal la barrière.

Qui plus est, même avant le bris, Ocean Cleanup n’était pas à la hauteur des attentes : l’organisation estimait avoir recueilli environ 4500 livres de débris — du plastique, mais aussi des filets de pêche — soit loin des 150 000 livres qui constituaient l’objectif pour la première année.

À titre de comparaison, ce qu’on appelle erronément une « île » ou un « continent » de plastique est en fait un territoire marin de plus d’un million et demi de kilomètres carrés où flotteraient 2000 milliards de morceaux de plastique de toutes les tailles totalisant 80 000 tonnes.

Formulé pour la première fois en 2012 dans une conférence TED, le projet a tout de suite beaucoup fait parler de lui parce que son auteur était un adolescent, le Néerlandais Boyan Slat. Celui-ci a réussi à amasser pas moins de 30 millions de dollars pour son idée : une barrière flottante en U, de 600 mètres de long par 3 mètres de haut, qui ramasserait les débris flottants à la manière d’un balai, lesquels débris seraient périodiquement ramenés sur la terre ferme.

Goldstein et Martini écrivaient également en 2014 que le projet n’avait pas tout faux, s’il permettait d’attirer l’attention sur la pollution de plastique dans les océans. C’est aussi ce que disait cette semaine au New York Times Nicholas Mallos, directeur du programme de lutte contre les déchets chez Ocean Conservancy. Mais bloquer les déchets avant qu’ils n’atteignent la haute mer serait, disait-il, une « approche plus efficace » : en plaçant de telles barrières près de l’embouchure des rivières ou à proximité des villes côtières.

C’est ce que fait depuis 2014, à Baltimore, un « intercepteur de déchets » appelé « Mr. Trash Wheel » qui, dans l’embouchure de la rivière Jones Falls, récupère les détritus avant qu’ils n'entrent dans la baie, puis l'océan.