S’il est exact que les langages humains obéissent à une série de lois mathématiques, alors le langage des signes et des sons qu’utilisent les chimpanzés semble avoir de curieuses similarités.

C’est ce qu’écrivent des chercheurs de trois pays européens après l’analyse de 359 vidéos de chimpanzés vivant dans une réserve naturelle en Ouganda. La prémisse de cette étude est toutefois que nos langues obéissent bel et bien à des règles mathématiques, comme par exemple la Loi des abréviations de Zipf, qui dit entre autres que, peu importe la langue, les mots les plus fréquemment utilisés sont toujours les plus courts, et qu’ils sont toujours en nombre limité, afin de viser une communication plus efficace.

En analysant les 81 chimpanzés à partir de cette prémisse, des tendances semblent se dégager : plus un geste est utilisé souvent et plus le « groupe » dans lequel il s’inscrit — une série de gestes ou une série de gestes et de sons simultanés — s’avère court. Toute la difficulté de cette recherche — et ses limites, reconnaissent les chercheurs — réside toutefois dans cette catégorisation en groupes. L’équipe a recensé 2 137 gestes apparemment « mesurés » qu’il lui a fallu ensuite ranger en 58 différents groupes, dont la durée a également été calculée. C’est uniquement en fonction de ces catégories que ces tendances apparaissent.

Aussi ténu — et subjectif — que puisse sembler le lien, il renvoie au vieux mystère de l’origine du langage : des chercheurs allèguent depuis longtemps qu’il est possible que les grands singes soient sur le même chemin évolutif qui a conduit à nos langages, et qu’en conséquence, certaines structures profondes, remontant à des millions d’années, soient les premiers pas vers les structures plus complexes, comme la phrase que vous êtes en train de lire.