Greta Thunberg n’est pas seulement une activiste nommée mercredi « Personnalité de l’année » du magazine Time. Elle est aussi la première personne affichée fièrement autiste à avoir décroché cet honneur. Avec toutes les attaques qui viennent avec.

Ce que ses détracteurs ont appelé depuis un an sa froideur ou sa distance, sont en réalité ses forces, dans le contexte du débat sur la crise climatique, écrit sur Twitter l'Américain Steve Silberman, auteur du livre NeuroTribes: The Legacy of Autism.  

Le fait que les autistes disent la vérité franchement, même avec rudesse à l’occasion, est souvent présenté comme une forme de déficit social… Les « qualités autistes » de la guerre de Greta au statu quo —son dédain viscéral de la rationalisation et de la rhétorique vide— sont précisément les qualités que toute l’humanité doit imiter, à un moment où le discours politique est dominé par l’absurdité et la manipulation.

En parallèle, cet honneur attribué par le Time a semblé déclencher la colère de Donald Trump (ou sa jalousie, selon certains), qui a qualifié le choix du magazine de « ridicule » et a conseillé à Thunberg de travailler sur son « problème de gestion de la colère » (Anger Management problem). En réponse, l’adolescente a amendé sa biographie sur son fil Twitter: « une adolescente qui travaille sur son problème de gestion de la colère ».

On peut rire du fait que cet échange révèle laquelle des deux personnes est la plus mature. Mais au-delà de l’anecdote, ce type d’attaque serait typique de celles dont sont victimes les autistes, et en particulier les jeunes femmes autistes, déclare la directrice américaine du Autistic Self Advocacy Network, dans le magazine Vox:

Les femmes autistes tendent à faire face à beaucoup de pressions, non seulement pour agir comme les non-autistes, mais aussi pour être à la hauteur des mêmes attentes genrées auxquelles font face beaucoup de femmes. Il nous faut toujours être souriantes et conformes. 

Il est malheureusement encore relativement courant de traiter les autistes comme si nous n’étions pas des témoins crédibles de nos propres vies, ou comme si nous ne pouvions pas avoir nos propres pensées et nos propres croyances —encore moins la capacité à agir en fonction d’elles. 

Le fait que l’adolescente ne semble pas affectée par ces attaques pourrait indirectement contribuer à lever une partie des préjugés contre les autistes, poursuit la journaliste de Vox. De plus, c’est Thunberg elle-même qui, à quelques reprises depuis l’an dernier, a parlé de son syndrome d’Asperger —qui, selon la définition officielle, fait partie du « spectre de l’autisme »— et l’a décrit comme son « super-pouvoir »:

J’ai l’Asperger et cela signifie que je suis parfois un peu différente de la norme. Et —dans les bonnes circonstances— être différent peut être un super-pouvoir. 

Indépendamment de ces considérations sur l’autisme, les attaques contre Thunberg ne peuvent certes pas être dissociées du fait qu’elle est une activiste du climat et que ceux qui l’attaquent sont inquiets de tout succès que peut obtenir la lutte contre la crise climatique. Mais les arguments qu’ils utilisent peuvent être retournés contre eux, non-autistes ou « neurotypiques », ajoute Steve Silberman

Les « déficits sociaux » sont du côté des neurotypiques, du côté des opposants et des critiques de Greta, qui utilisent la misogynie, le capacitisme et l’âgisme, contre elle. Ils mentent pour vivre, trompant des millions d’autres neurotypiques dans le processus. Le succès des campagnes de désinformation sur le climat, obtenu en semant des graines de doute à propos de la science, démontre l’existence d’une « dysfonction de la vérité » potentiellement mortelle chez les non-autistes.