L'alligator est suffisamment impressionnant pour décourager les éventuels prédateurs. Quand il meurt, qui donc peut s’en nourrir, si sa viande n’a pas suscité d’intérêt jusque-là ? Une équipe de chercheurs a décidé de résoudre ce mystère… en jetant trois carcasses à plus d’un kilomètre de profondeur.

Personne ne s’étonne qu’il existe aussi des charognards sous la surface de l’eau. Mais des expériences similaires, dans le passé, ont permis de découvrir rien de moins que de nouvelles espèces. Un laboratoire universitaire, en Louisiane, a ainsi identifié au fil des années des vers et autres bestioles marines, inconnues jusqu’ici, se régalant des restes d’une baleine et de troncs d’arbres. Cette fois-ci, les mêmes chercheurs ont identifié plusieurs nouvelles espèces, rapportent-ils dans la revue PLoS One.

Vingt-quatre heures après avoir été déposée, la première carcasse de Alligator mississippiensis fourmillait ainsi de bathynomes, des crustacés de la taille d’un ballon de football qui se nourrissent effectivement d’animaux marins morts. Une semaine plus tard, le robot sous-marin allait découvrir que la deuxième carcasse, malgré ses 90 kilos, avait été déplacée de 10 mètres, par ce qu’on suppose être une des deux seules espèces de requins capables de s’aventurer à ces profondeurs. Cinquante jours plus tard, la troisième et dernière carcasse était complètement « nettoyée » et recouverte de vers Osedax. Ceux-ci sont connus pour leur appétit pour les os de baleines, mais c’est la première fois qu’on en observe dans le Golfe du Mexique.

Le tout ouvre la porte sur une relecture de la chaîne alimentaire, ou plus exactement sur une partie de la chaîne alimentaire dont les origines pourraient être aussi anciennes que les dinosaures: après tout, notent les chercheurs, l'ordre dit des crocodiliens est un survivant de l’époque où les reptiles dominaient le monde —et où ils avaient eux aussi leurs charognards.

 

Texte modifié le 20 janvier pour tenir compte de la confusion entre alligators et crocodiles.