Quoi que ce soit qui se produise dans les prochains jours autour de Jonathan Pruitt et de ses recherches, c’est un coup dur pour le chercheur, pour son université, mais aussi pour la biologie du comportement. 

Deux de ses recherches ont été retirées dans la dernière semaine par les revues qui les avaient publiées, et six sont en voie de l’être, selon un document public remis à jour par plusieurs chercheurs. Ces événements ont en effet mobilisé plusieurs personnes qui examinent à présent près de 150 articles dont Pruitt est un co-auteur.

Cet écologiste du comportement de l’Université McMaster, en Ontario, a pour spécialité la catégorisation des comportements des araignées sociales. Il effectue actuellement du travail de terrain en Australie et dans le Pacifique Sud, selon la revue Science qui a tenté au début du mois d’obtenir sa réaction —et qui n’a obtenu qu’un prudent commentaire sur le fait que des erreurs peuvent parfois se produire dans la gestion des données.

Le premier article incriminé a été retiré à la mi-janvier par The American Naturalist avec pour explication que « les auteurs ont noté des irrégularités dans les données brutes qui ont été colligées dans le laboratoire du troisième auteur  », c’est-à-dire Pruitt. Le second article a été retiré le 29 janvier par la revue Proceedings of the Royal Society B. Dans un billet de blogue publié le même jour, l’écologiste du comportement Kate Laskowski, qui était co-auteure des deux études, y explique longuement la démarche qui l’a amenée à une « perte de confiance » dans la qualité des données de cette étude (parue en 2014) et de l'autre (parue en 2016) portant sur « l’hypothèse de la spécialisation des niches sociales des araignées »: en gros, l’idée que les comportements des araignées sociales qui changent de groupe peut changer en fonction du groupe. Laskowski écrit avoir identifié des données « copiées et collées » dans les tableaux qui ont servi de base aux deux études. 

C’est là que plus d’une vingtaine de scientifiques se sont plongés dans les données des quelque 150 autres articles. En date du 11 février, ils avaient apparemment trouvé des signes de données fabriquées ou manipulées dans six autres. L’écologiste du comportement Noa Pinter-Wollman, de l’Université de Californie, est co-auteure de 20 articles avec Pruitt, et a déjà demandé que trois de ces articles soient retirés, a-t-elle déclaré au journaliste de la revue Science

Pruitt était vu par plusieurs dans le domaine comme une « étoile montante », déclare pour sa part dans Nature l’écologiste Maria Rebolleda-Gomez, de l’Université Yale. Son transfert en 2018 de l’Université de Californie à l’Université McMaster était le résultat de l’obtention d’une des Chaires de recherche Canada 150, créées dans le cadre du 150e anniversaire du pays.  

Selon Nature, les 17 articles ciblés dans le document public ont été cités 900 fois depuis leur publication, et il faudra du temps « pour dégager quelles idées ont été confirmées ailleurs dans la littérature scientifique et lesquelles devront être testées à nouveau ». À l’inverse, autant Laskowski que Pinter-Wollman se disent encouragées par la vitesse à laquelle la communauté a réagi pour corriger ce dérapage.