La prestigieuse revue américaine Science aura rarement vu un éditorial aussi vitriolique: dans l’édition du 13 mars, son rédacteur en chef se lance dans une attaque à fond de train contre l’administration Trump et sa gestion bâclée de la lutte au coronavirus. 

Je ne m’attend pas à ce que des politiciens connaissent l’équation de Maxwell sur l’électromagnétisme ou la réaction chimique de Diels-Alder. Mais vous ne pouvez pas insulter la science quand vous ne l’aimez pas et soudainement insister pour obtenir d’elle quelque chose sur demande. 

Il fait allusion à la demande répétée du président Trump d’obtenir un vaccin contre le nouveau coronavirus en quelques semaines. En dépit des explications répétées du directeur de l’Institut national des maladies infectieuses, Anthony Fauci, à l’effet qu’un tel vaccin ne sera pas prêt avant un an à un an et demi, le président a continué de répéter sa requête, comme si le fait de la répéter « pouvait changer le résultat ». 

L’éditorial a été publié avant l’annonce de la Maison-Blanche, vendredi, qu’elle décrétait un état d’urgence national —comme lors de la crise du H1N1 en 2009— mais cette annonce n’aurait manifestement pas changé l’opinion du rédacteur en chef, Herbert Holden Thorp —qui est également chimiste de formation et a été chancelier de l’Université de Caroline du Nord:

Alors que les scientifiques tentent de partager des faits sur l’épidémie, l’administration bloque ces faits ou les reformule avec des contradictions. Les taux de transmission et de décès ne sont pas des mesures qui peuvent être changées à volonté ou avec une présentation extravertie. Le gouvernement a plusieurs fois affirmé que la dissémination du virus aux États-Unis était contenue, alors qu’il est clair, par les preuves génomiques, que la dissémination par communautés a lieu dans l’État de Washington et au-delà. Cette sorte de distorsion et de déni est dangereuse.

Et c’est sans compter le coup de pied asséné dans l’éditorial à ces gens qui ont rejeté la science toute leur vie et veulent continuer de contrôler le message: 

Dire à Fauci et à d’autres scientifiques du gouvernement qu’ils doivent faire accepter tous leurs commentaires publics par le vice-président Mike Pence est inacceptable. Ce n’est pas le moment de permettre à quelqu’un qui nie l’évolution, les changements climatiques et les dangers de la cigarette, de façonner le message public. 

Science est une revue publiée depuis 1880 par l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS). Elle est multidisciplinaire —comme une autre prestigieuse revue, la Britannique Nature— ce qui signifie que tous les secteurs de la recherche y trouvent place. Elle figure parmi une poignée de revues scientifiques dont les recherches qu’elles sélectionnent pour publication sont parmi les plus souvent citées à travers le monde.