C’est l’une des questions laissées en suspens sur le tableau noir de la science depuis les débuts de la pandémie. Les enfants semblent très peu souvent infectés par le nouveau coronavirus. Mais jusqu’à quel point peuvent-ils le propager?

Les moins de 18 ans représentent une toute petite fraction des cas confirmés de la maladie: moins de 2% des infections rapportées en Chine, en Italie et aux États-Unis, rappelle un récent article de Nature.

Certains scientifiques soutiennent donc que les mineurs sont moins à risque, qu’ils ne sont pas responsables de la majorité des transmissions et que les données actuelles soutiennent l’ouverture des écoles.

Mais d’autres scientifiques s’opposent à un retour en classe précipité, en affirmant que si l’incidence de l’infection est plus faible chez les enfants, c’est justement parce qu’ils sont moins exposés que les adultes, en raison de la fermeture des écoles. De plus, comme les jeunes présentent peu ou pas de symptômes, ils sont souvent moins testés, d’où la nécessité d’une surveillance accrue et de plus de dépistages chez les enfants.

Les jeunes élèves du Québec, sauf Montréal, de l’Allemagne et du Danemark, sont de retour sur les bancs d’écoles depuis la semaine dernière, et ceux de la France et de l’Australie emboîtent le pas.

Une récente étude parue dans The Lancet Infectious Diseases a relancé le débat. L’analyse de données au sein de ménages présentant des cas confirmés de Covid-19 à Shenzhen, en Chine, a conclu que les moins de dix ans seraient tout aussi susceptibles que les adultes d’être infectés, mais moins susceptibles d’avoir des symptômes graves.

D’autres études en provenance d’Islande, d’Italie et de Corée du Sud, où les dépistages sont plus importants, ont toutefois observé de plus faibles taux d’infections chez les enfants. Une étude française portant sur un groupe de cas dans les Alpes a montré qu’un enfant de 9 ans a fréquenté trois écoles et un cours de ski en présentant des symptômes de la Covid-19, sans avoir infecté personne.

Une autre étude, portant sur les cas de la province de Hunan, publiée dans Science, conclut elle aussi que sans être invulnérables aux infections, ils le seraient moins. Pour chaque enfant infecté de moins de 15 ans, il y avait près de 3 personnes infectées entre 20 et 64 ans, constatent les auteurs.

Dans une méta-analyse australienne, les chercheurs ont également constaté —en comparant la propagation au sein de pays avec et sans confinement— que les enfants sont rarement ceux qui ramènent l’infection dans le foyer : seulement 8% des enfants étaient infectés en premier, contre 50% pour les éclosions de grippe aviaire H5N1.

Il reste qu’il est difficile d’établir hors de tout doute que les enfants sont peu infectieux. Deux études pré-publiées rapportent que les enfants avec les symptômes de la Covid-19 pourraient avoir les mêmes niveaux d’ARN viral que les adultes, ce qui, si cela se confirmait, les rendrait aussi infectieux.

De même, confinement oblige, il existe encore peu d’études sur la transmission des virus de l’école à la collectivité. Une enquête en Australie suggère qu’elle serait limitée et beaucoup plus faible qu’avec d’autres virus respiratoires, comme la grippe. Sur plus de 850 personnes entrées en contact avec neuf élèves et neuf membres du personnel atteints de la Covid-19, seulement deux cas ont été enregistrés, chez deux enfants.

Par contre, les chercheurs s’entendent sur le fait que les enfants tendent à mieux composer avec le nouveau coronavirus. La majorité des enfants infectés présentent des symptômes légers ou inexistants. Quelques rares cas d’une réponse inflammatoire similaire à la maladie infantile de Kawasaki ont été toutefois signalés à Londres et New York.

Une des théories expliquant la légèreté des symptômes serait que leurs poumons contiendraient moins de récepteurs ACE2, les protéines que le virus utilise pour pénétrer dans les cellules.

D’autres chercheurs soutiennent que les enfants seraient plus souvent exposés aux coronavirus, comme ceux du rhume, ce qui les protégerait. Ils pourraient avoir aussi une réponse immunitaire plus appropriée à l’infection, c’est-à-dire assez forte pour combattre le virus, mais assez faible pour ne pas causer de dommages à leurs propres organes.

Le retour à l’école devrait permettre de lever une partie du mystère… dans un sens ou dans l’autre.