Ces derniers mois, il y a eu des superpropagateurs du coronavirus dans des chorales, des mariages, des usines, des résidences pour personnes âgées, des bars… Mais une rencontre scientifique, c’est plus gênant.

Une rencontre d’administrateurs de la firme de biotechnologie Biogen tenue dans un hôtel de Boston le 26 février, serait en effet à l’origine, directement et surtout indirectement, d’au moins 20 000 cas de coronavirus, dans plusieurs pays. C’est ce que révèlent des données génétiques publiées en ligne cette semaine (et pas encore révisées par les pairs): en décodant les génomes de 772 virus récoltés chez autant de malades jusqu’en mai, les chercheurs ont pu reconstituer leur « arbre généalogique », et savoir par quelle chaîne de contamination ils étaient passés.

Il n’y avait pourtant que 175 personnes à cette rencontre du 26 février, mais de fil en aiguille, ils ont eu un impact que bien peu auraient pu imaginer. Après leur rencontre, où ils s’étaient donné la bise et avaient partagé le buffet, dans des salles fermées où masques et distanciation sociale étaient encore des concepts étrangers, plusieurs ont pris l’avion pour rentrer chez eux, et ont transporté le virus dans au moins six États américains et trois pays. L’un de ceux qui étaient contaminés sans le savoir a pris part la fin de semaine suivante à une célébration familiale rassemblant 45 personnes.

Dès le début de mars, des opérations de traçage des contacts avaient permis de retracer cette rencontre comme la source d’un grand nombre de contaminations, et dès avril, on avait collé le qualificatif de « superpropagateur » (superspreading, en anglais) à cet événement. L’étude parue cette semaine illustre au passage tout le sens du mot superpropagateur: on retrouve dans la liste des gens contaminés aussi bien des professionnels de la santé habitant des quartiers huppés, que des itinérants d’un refuge de Boston.

Rappelons que le 26 février, on savait depuis près de deux mois qu’une épidémie était en cours en Chine. De plus en plus de cas étaient signalés en Europe, et une trentaine étaient alors recensés aux États-Unis, surtout sur la côte Ouest.