On aurait observé deux nouvelles super-éruptions solaires dans les 10 000 dernières années. À quand la prochaine ?

Si les éruptions solaires font partie de l’ordre normal des choses, les « super-éruptions » inquiètent davantage en notre ère électronique. La quantité de particules chargées électriquement serait capable, en théorie, d’endommager sérieusement les infrastructures sur lesquelles repose notre quotidien. Le terme « en théorie » est toutefois important, parce que la dernière fois que cette « infrastructure » a été mise à l’épreuve, c’était en 1859: des fils de télégraphe ont pris feu, selon les rapports de l’époque. Les réseaux d’aujourd’hui sont mieux protégés, mais faute d’avoir vécu une telle super-éruption, plusieurs scénarios catastrophes ont été évoqués au fil des décennies.

La nouvelle découverte, si elle devait être confirmée, permettrait de mettre une date sur deux de ces super-éruptions survenues dans un passé relativement récent: en 7176 et en 5259 avant JC. Et si cela semble lointain, il faut savoir que l’intérêt vient du fait qu’il s’agissait en réalité de super-super éruptions : de 10 à 100 fois plus puissantes que l’événement de 1859, ou « événement de Carrington ». Il y a neuf ans, un autre événement de cette magnitude avait été daté des environs de l’an 775 de notre ère par une équipe japonaise. Si ces deux nouveaux venus se confirment —il s’agit d’une étude pour l’instant prépubliée— cela en fera donc au moins trois en 10 000 ans. Trop fréquent pour qu’une civilisation aussi dépendante que la nôtre de ses réseaux électriques et de ses satellites et de ses montagnes de données emmagasinées sur des supports vulnérables, se sente à l’aise…

À titre de comparaison, une grande éruption solaire a eu lieu en mars 1989. Bien que d’une puissance inférieure à celle de 1859, elle n’en a pas moins causé des coupures de courant majeures d’une demi-journée au Québec, en raison des dommages au réseau électrique.

La datation des deux nouveaux événements repose sur deux facteurs: une analyse chimique de la glace emmagasinée dans les calottes glaciaires, ainsi que d’anciens troncs d’arbres préservés sous l’eau. Lorsque des particules venues du Soleil frappent notre atmosphère, la collision crée des éléments chimiques instables qui vont être absorbés dans la glace ou dans les troncs d’arbres. Le carbone peut par exemple devenir du carbone 14. Et les cercles de ces troncs peuvent fournir une date très précise quant au moment de cette « absorption ».

La grande question est toutefois à quels intervalles se produisent de tels événements. Là-dessus, notre étoile garde encore ses secrets. Par contre, des analyses de troncs d’arbre préservés depuis les 12 000 dernières années sont en cours —c’est dans ce contexte que survient la présente recherche— et la découverte d’autres événements similaires pourrait en découler. Afin de, peut-être, se faire une idée plus juste de leur fréquence...