Alors que le taux de vaccination contre la COVID-19 n’est que de 58,5% aux États-Unis, il est de 75% au Canada et de 86% au Portugal, le champion européen. Qu’est-ce qui explique le succès — ou l’échec — d’une stratégie de vaccination ?

« C’est sûr que l'accès aux vaccins est un des premiers facteurs de réussite de la vaccination, mais il y a aussi un volet culturel et politique à prendre en compte lorsqu’on compare un pays à un autre », explique Benoît Mâsse, le chef de l’Unité de recherche clinique appliquée (URCA) au centre de recherche du CHU-Ste-Justine.

En Espagne par exemple, les autorités n’ont pas eu besoin de rendre obligatoire la vaccination, pour atteindre 79% de vaccinés. Selon le professeur de sociologie à l'Université autonome de Madrid, Josep Lobera, cité par l’AFP, les Espagnols voient dans leur système de santé publique un marqueur important de la modernité. Le souvenir des conséquences dramatiques causées par le retard de la vaccination des enfants contre la polio dans les années 50 est encore présent dans les esprits des Espagnols les plus âgés. Ce qui explique que presque tous les citoyens se font vacciner volontairement.

Quant au Portugal, il a sorti l’artillerie lourde pour convaincre une population un peu réfractaire, malgré une confiance de longue date dans le système de santé national. En effet, après quelques ratés, la coordination de la campagne de vaccination a été confiée en février dernier au vice-amiral de la marine Henrique Gouveia e Melo.

L'homme de 60 ans visitait les centres de vaccination en tenue militaire, histoire de rappeler que le pays était en « guerre » contre un virus. Le long de la route des vaccinés, a-t-il maintes fois répété, un tireur embusqué tuerait une personne sur 500 000 et chez les non-vaccinés, il en tuerait une sur 500!

Les États-Unis font partie des premiers pays à avoir eu accès à la vaccination, mais aujourd’hui on compte seulement 58% d’Américains vaccinés. Chez eux, l’opposition entre les démocrates et les républicains est l’une des raisons qui explique la grande disparité, d’une région à l’autre, de la couverture vaccinale.

Même s’il n’affichait récemment que la 21e meilleure couverture vaccinale dans le monde, le Canada fait nettement mieux que son voisin du sud, avec 75% qui ont reçu deux doses. Près de 77% des Canadiens sont doublement protégés contre la COVID-19. Au Québec, ce taux grimpe à 76%, ou 87% de ce qui est pour l’instant la population éligible.

Au-delà de la culture, l’information?

Ici comme ailleurs, plusieurs hésitent encore à recevoir leur première dose, par inquiétude ou à cause de la désinformation autour de la vaccination. Il faut chercher à comprendre d’où vient cette réticence et tenter d'y remédier sans mettre en avant des jugements négatifs à l’égard des personnes non vaccinées, affirme M. Mâsse.

Vincent Gosselin Boucher, docteur en psychologie et stagiaire postdoctoral à l’Université de Colombie-Britannique, rappelle que « les personnes qui sont encore hésitantes vont expliquer qu’elles craignent les effets secondaires du vaccin. Il faut donc mettre en avant le côté positif de la vaccination plutôt que d’essayer de blâmer les personnes non vaccinées ».

Helen Trottier, chercheure en maladies infectieuses et en vaccination au centre de recherche du CHU-Ste-Justine, soutient pour sa part que les différences entre les pays s’expliquent « par la qualité du message transmis dans certains médias ». Mais aussi « par l’incertitude des gens qui sont plus ou moins bornés ».

- Amani Maryline Komenan

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Cet article a été produit en association avec le cours Quête de sens journalistique, animé par Jean-François Gazaille à l’UQAM