En détruisant cette semaine un de ses satellites avec un missile, la Russie n’a pas seulement créé un nuage de débris qui met en danger d’autres satellites, voire la station spatiale elle-même: l’incident a fait renaître le cauchemar de tous ceux qui gèrent des engins en orbite terrestre: le syndrome de Kessler.

En 1978, l’astrophysicien américain Donald J. Kessler a imaginé un scénario-catastrophe: les collisions entre débris de satellites, en créant elles-mêmes davantage de débris, finissent par augmenter de façon exponentielle le nombre « d’objets » en orbite. Le film Gravité, en 2013, s’en est inspiré.

À la base, il est vrai que, tôt ou tard, un objet en orbite finit par « s’éliminer » en retombant dans l’atmosphère, où il va se désintégrer. Mais ça peut prendre des années, voire des décennies: autour de notre planète, tournent encore des satellites inutilisés depuis les années 1970 ou 1980. Et pendant ce temps, de plus en plus de pays, et à présent des compagnies privées, lancent de plus en plus de satellites, dans un espace qui n’est pas infini: les orbites basses (moins de 1000 km) sont privilégiées pour l’observation de la Terre, la télédétection et les communications. La station spatiale, par exemple, tourne à environ 400 km d’altitude.

Cette forme de pollution est dénoncée depuis longtemps: des tentatives ont été faites, en vain, pour imposer entre autres aux pays lanceurs de prévoir une réserve de carburant afin que leur satellite, à la fin de sa vie utile, puisse être envoyé se désintégrer dans l’atmosphère. L’ajout à cela de nuées de petits débris, tous susceptibles de causer des dommages à d’autres engins, amplifie le problème: l’aboutissement du syndrome de Kessler est qu’à un moment donné, des orbites deviennent carrément inutilisables pendant des décennies, en raison du risque de collision.

La question est donc revenue sur le tapis lundi, lorsqu’on a appris que la Russie avait testé un missile antisatellite… avec succès: le missile a touché sa cible, créant un « nuage » estimé à 1500 débris, dont certains sur une orbite qui a été jugée, pendant quelques heures, être assez rapprochée de la station spatiale pour que les astronautes reçoivent l’instruction de prendre refuge dans les deux capsules capables de les ramener sur Terre. La Russie a nié mardi que la station spatiale ait été en danger, reprochant aux Américains d’avoir délibérément exagéré le risque.

Quatre astronautes sont actuellement à bord de la station spatiale internationale, et trois autres occupent la nouvelle station spatiale chinoise, Tiangong.

Ces débris resteront en orbite pendant des années, voire des décennies, a affirmé l’agence américaine (US Space Command) dont l’une des tâches est de suivre à la trace une multitude de ces débris, petits et grands.

L’Inde avait fait un test similaire en 2019, générant un nuage d’environ 400 débris. Les États-Unis aussi, en 2008, le dernier du genre pour ce pays. La Chine détient le record depuis 2007, avec environ 2300 débris.

 

Image: Illustration du syndrome de Kessler / NASA Orbital Debris Program Office