Le fait de ne pas être vacciné pourrait-il être un indicateur du fait qu’on a plus de chances d’appuyer la Russie dans son invasion de l’Ukraine? C’est le parallèle troublant que prétend démontrer un sondage de la firme canadienne EKOS.

Ce n’est certes pas la première fois que ce lien est suggéré: depuis la mi-février, tous ceux qui observent la désinformation en ligne ont constaté que l’afflux de fausses informations sur la vaccination avait été remplacé par un afflux de fausses informations sur l’Ukraine. Mais rien ne permettait d’affirmer qu’il s’agissait d’un simple transfert: autrement dit, rien ne permettait de dire que ceux qui, il y a un mois, partageaient des fausses nouvelles provenant de la mouvance anti-vaccination, étaient les mêmes qui, depuis, partageaient des fausses nouvelles favorables à Vladimir Poutine.

Or, c’est ce que prétend démontrer un sondage EKOS réalisé du 9 au 13 mars auprès de 1035 Canadiens de plus de 18 ans. Ceux qui ne sont pas vaccinés seraient 12 fois plus susceptibles de croire le président russe. Plus précisément, 26% des non-vaccinés ont dit que l’invasion de l’Ukraine était « justifiée », et 35% étaient sans opinion. En comparaison, seulement 2% des Canadiens qui ont reçu trois doses du vaccin ont dit soutenir l’invasion, et 4% se sont dit sans opinion.

Écart similaire lorsqu’on leur demande si le Canada devrait imposer des sanctions plus dures à la Russie, « même si cela implique, chez nous, des prix plus élevés et une croissance économique plus lente ». Alors que 75% des non-vaccinés se disent en désaccord, seulement 6% de ceux qui ont reçu trois doses du vaccin se disent, eux, en désaccord… et 82% sont d’accord. L’écart se resserre à peine avec l'affirmation « La Russie a commis des crimes de guerre en Ukraine »: 42% des non-vaccinés sont en désaccord, contre 3% des vaccinés. Ils sont par contre, parmi les non-vaccinés, 32% à se dire d’accord, contre 88% des vaccinés.

Le bémol derrière ce sondage pourrait être que le groupe des non-vaccinés, parce qu’il ne représente que 10% des adultes canadiens, peut avoir d’autres caractéristiques démographiques qui faussent en partie les résultats. Ou encore, il est possible que ce groupe s’alimente en bonne partie à des sources de désinformation qui envoient autant de nouvelles trompeuses ou fausses sur les vaccins que sur la guerre en Ukraine. Mais l’écart dans les pourcentages des vaccinés et des non-vaccinés est trop grand pour ne pas mériter une plus grande attention dans de futures recherches. D’autant que des sondages aux États-Unis suggèrent déjà des résultats similaires.