Un extrait de 26 minutes du futur « documentaire » Plandemic circule sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Il prétend dévoiler l’objectif secret derrière la COVID-19. Au-delà des affirmations qui sont faites, et que d’autres journalistes ont déjà déboulonnées, le Détecteur de rumeurs s’est demandé quelle crédibilité il fallait accorder à la principale protagoniste, la biologiste Judy Mikovits. Voici les étapes de sa démarche de vérification, qu’un lecteur pourrait lui-même suivre, et ce qui en ressort.


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Il est toujours bon de commencer une recherche sur un documentaire controversé par une recherche sur la personne qui se cache derrière. Ce conseil vaut aussi pour toute vidéo YouTube. Au centre de Plandemic, il y a donc Judy Mikovits, que Wikipédia décrit comme une militante anti-vaccination américaine et ancienne chercheuse médicale qui a fait des déclarations discréditées sur les vaccins, les coronavirus et le syndrome de fatigue chronique.

Sachant cela, le Détecteur de rumeurs suggère de chercher ensuite ce que des médias ont rapporté à son propos. Ainsi, en entrant le nom de Judy Mikovits dans un moteur de recherche, on trouve de nombreux articles, dont un publié par le Washington Post cette semaine et un autre du New York Times remontant à 2009.

On y apprend notamment qu’en 2009, Judy Mikovits a cosigné dans Science une recherche qui liait le syndrome de fatigue chronique à un rétrovirus présent chez les souris. Moins de deux ans plus tard, le texte a été retiré et l'hypothèse des auteurs est morte après qu’une dizaine de laboratoires, dont le leur, aient montré qu’il n’y avait pas de lien entre la maladie et le virus.

On apprend également que, dans les années qui ont suivi, Judy Mikovits a été licenciée du Whittemore Peterson Institute, arrêtée pour vol de documents et poursuivie par son employeur pour « rupture de contrat et appropriation frauduleuse de secrets commerciaux ». Les accusations ont été abandonnées sans procès, en raison de plusieurs facteurs juridiques liés à la famille qui dirige l’Institut, selon Snopes, un site spécialisé dans la vérification des informations.

Dans le film, Judy Mikovits reconnaît ses problèmes juridiques passés, mais suggère que ses malheurs découlent d'un complot pour détruire sa crédibilité. Elle accuse notamment Anthony S. Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses et membre du groupe de travail sur les coronavirus de la Maison-Blanche, d’avoir saboté ses travaux sur les rétrovirus — ce qui a été démontré comme étant faux.

Outre cela, le Détecteur de rumeurs s’est aussi demandé ce que cette chercheure avait récemment publié. Selon PubMed, une base de données des recherches publiées dans les domaines de la biologie et de la médecine, Judy Mikovits n’a publié aucune étude depuis 2012.

Des associations douteuses

Même sans connaître ces détails, un novice pourrait rapidement découvrir par une recherche rapide que Mikovits est associée depuis plusieurs années à des groupes opposés à la vaccination. Son premier livre, en 2014, a été cosigné par le militant anti-vaccin Kent Heckenlively. De plus, le lancement de la bande-annonce de Plandemic suit de peu la parution de son second livre, Plague of Corruption ("La peste de la corruption"), avec le même coauteur qui a été interdit d’entrée en Australie en 2017 et qui affirme que les vaccins causent l’autisme — ce qui a été également démontré comme faux.

Ces dernières semaines, elle s'est aussi positionnée en tant que voix anti-Fauci dans des entretiens avec des sites adeptes de complots et d'extrême droite comme Epoch Times et Gateway Pundit. Là encore, utiliser Wikipédia permet au lecteur d’en savoir plus sur la ligne éditoriale de ces sites et d’évaluer la pertinence de partager certains propos.

Tout cela devrait lever plusieurs drapeaux rouges et inciter à la méfiance quant aux propos tenus par Judy Mikovits sur le coronavirus. Le Détecteur de rumeurs recommande à quiconque de corroborer les allégations contenues dans cette vidéo, ou dans toute vidéo du genre, auprès d’une deuxième, voire d’une troisième source.