Des gens qui se proclament « guérisseurs » utilisent ce qu’ils appellent le magnétisme animal, de même que les aimants, pour soulager la douleur, apaiser les tensions et réduire l’anxiété. La pratique est-elle vraiment efficace? Le Détecteur de rumeurs a vérifié ce que dit la science.


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Le concept de magnétisme animal a été développé par Franz-Anton Mesmer, en 1773. Selon ce médecin allemand, nous avons tous la capacité de guérir notre prochain grâce à un « fluide magnétique ». Le « magnétiseur », c’est-à-dire la personne capable d’utiliser ce fluide, va le transmettre à la personne qu’il traite par l’imposition des mains afin de « rééquilibrer » ses « énergies » et l’aider à combattre la maladie.

La pratique a été condamnée par les médecins dès 1784, alors qu’une commission nommée par l'Académie des sciences concluait que les effets observés étaient attribuables au pouvoir de la suggestion et à un effet de l'imagination.

Encore aujourd’hui, aucune étude scientifique ne démontre les effets du magnétisme animal. Ni même son existence, puisqu’il demeure indétectable par les appareils modernes — pourtant des millions de fois plus sensibles que tout ce que la technologie pouvait offrir il y a quelques décennies. Même les « magnétiseurs » ont échoué à déceler la présence, derrière un paravent, d'une personne qu'ils avaient examinée au préalable et dont ils prétendaient pouvoir percevoir un signal magnétique, lors d’expérimentations en double aveugle réalisées en 2004 et 2012 par l’Observatoire zététique.

La thérapie par les aimants

Un autre type de magnétisme se retrouve dans la panoplie des guérisseurs, soit celui produit par des aimants. La « magnétothérapie » prétend que le magnétisme généré par les aimants agit sur le champ magnétique du corps humain. L’aimant canaliserait cette énergie pour aller relâcher ou contracter le nerf des muscles. Il serait ainsi possible de traiter la douleur chronique, les migraines et les troubles de la cicatrisation.

Le magnétisme relâché par les aimants ne fait pas de doute: il peut être mesuré. Et on sait qu’il existe un faible magnétisme dans les corps vivants – le plus fort émane du coeur, mais il reste si faible qu’il faut un appareil extrêmement sensible pour le détecter. En revanche, il n’est pas établi que l’imposition d’aimants permette de canaliser cette énergie pour soigner.

La technique consiste à appliquer des aimants sur la région douloureuse (genou, pied, poignet, dos, etc.) ou sur un « point d’acupuncture » pour créer un champ magnétique entre les aimants. Selon les différentes hypothèses qui circulent, ce champ magnétique agirait en stimulant le fonctionnement des cellules, activerait la circulation sanguine, ou interromprait la transmission du signal de la douleur entre l’organe et le cerveau.

Le problème est que la majorité des produits actuels n’émet aucun champ magnétique suffisamment puissant pour pénétrer la peau, ce qui jette un doute sur leur possible utilité thérapeutique.

Ce que disent les recherches

Indépendamment des théories, plusieurs recherches ont tenté de mesurer si la seule présence d’aimants — vendus aussi sous forme de bracelets, de chaussures ou de vêtements magnétiques — avait un effet sur la santé.

Or, pour la réduction de la douleur, les aimants ne font pas mieux que les placebos, selon une revue de 29 études publiée en 2007. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence, selon les chercheurs, puisque les études passées en revue portaient sur une grande variété de douleurs et que les procédures employées (types d'aimants, durée du traitement, etc.) étaient disparates.

Les aimants seraient supérieurs au placebo dans les cas de douleurs liées spécifiquement à l’arthrose, si on en croit quatre des études en question. Une petite étude menée auprès de 194 personnes et publiée en 2004, avait aussi conclu que la douleur causée par l'arthrose de la hanche et du genou diminuait lorsque l'on portait des bracelets magnétiques. Mais les auteurs ont été incapables, dans ce cas, de dire si le soulagement était attribuable au port du bracelet ou à l'effet placebo.

En 2003, une étude avait conclu que le port de souliers à semelles magnétisées pendant trois ou quatre mois avait entraîné une diminution des brûlures, des engourdissements, des picotements et des douleurs aux pieds chez les personnes atteintes de neuropathie diabétique. Les chercheurs notaient toutefois qu’il s’agissait d’un « avantage clinique modeste ».

D’autres études ont porté sur l’utilisation d’aimants pour soulager des douleurs au dos, aux pieds, au talon, au cou, aux genoux, ou pour traiter la polyarthrite rhumatoïde. Toutefois, la quantité ou la qualité des recherches sont chaque fois insuffisantes pour valider l'efficacité de la magnétothérapie. Aux États-Unis, le National Center for Complementary and Alternative Medicine concluait en 2013 que les études ne soutenaient pas l’utilisation d’aimants statiques pour toute forme de douleur.

En revanche, les aimants sont sans danger pour la santé, déclarait l’Organisation mondiale de la santé en 1987. Leur utilisation serait toutefois déconseillée pour les personnes portant un stimulateur cardiaque, une pompe à insuline ou un dispositif susceptible d'être perturbé par un champ magnétique, de même que pour les femmes enceintes de moins de trois mois.

 

Verdict

Il n’y a pas de fondement scientifique pour conclure à une quelconque efficacité du magnétisme par les aimants, encore moins par l’imposition des mains.