L’affirmation voulant que des milliers de gens soient morts à cause du vaccin contre la COVID, ou bien qu’ils seront des millions à en mourir, réapparaît de façon récurrente depuis des mois. Elle prend différentes formes et les vérifier une par une peut prendre beaucoup de temps. Mais il existe une façon de faire un premier tri dans ces affirmations, rappelle le Détecteur de rumeurs: vérifier la source.

 


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Toutes les formations sur la vérification des faits s’entendent sur au moins deux étapes préliminaires. La toute première, qui devrait relever de l’évidence, est de ne jamais partager sur un réseau social un texte qu’on n’a pas lu. Et une fois qu’on l’a lu, la deuxième étape est de vérifier la source.

Autrement dit, les affirmations selon lesquelles les vaccins vont tuer une partie de la population, elles s’appuient sur quoi ?

Première source: le VAERS

La source de plusieurs des affirmations récentes est un système de recensement des effets secondaires des vaccins appelé le VAERS (Vaccine Adverse Event Reporting System). Le VAERS a été créé en 1990 aux États-Unis, conjointement par le Centre de contrôle des maladies (CDC) et l’organisme chargé d’autoriser les médicaments (FDA).

On a ainsi pu lire récemment sur les réseaux des messages inquiets disant que, selon le VAERS, 4178 personnes seraient mortes entre le 14 décembre 2020 et le 3 mai 2021 après avoir reçu le vaccin contre la COVID (le nombre peut être différent si le même message a été diffusé plus récemment).

Or, n’importe qui peut publier sur le VAERS, comme ses gestionnaires l’encouragent eux-mêmes: « patients, parents, soignants et fournisseurs de soins de santé, sont encouragés à rapporter des effets secondaires après vaccination même s’il n’est pas clair que les vaccins ont causé l’effet secondaire ». Un témoignage sur VAERS ne peut donc pas être considéré comme une preuve d’un tel lien.

Cela tient au fait que le VAERS est un système de première alerte: c’est seulement après publication du « rapport » qu'il sera vérifié si tel effet secondaire ou tel décès est bel et bien attribuable au vaccin. C’est ainsi que, sur la page du CDC remise à jour le 18 mai, on peut lire qu’une « revue des informations cliniques disponibles, incluant les certificats de décès, les autopsies et les dossiers médicaux, n’a pas établi de lien causal avec les vaccins contre la COVID ».

L’auteure d’un livre sur les plaintes d’effets secondaires entourant les vaccins, Anna Kirkland, comparait récemment, dans le New York Times, le VAERS à « un gros filet pour tout attraper ».

Il faut à ce sujet se rappeler qu’une statistique sortie de son contexte peut être trompeuse: à quelque moment de l’année que ce soit, sur un million de personnes, vaccinées ou non vaccinées, il y aura inévitablement un certain nombre de personnes qui tomberont malades et qui mourront. C’est pourquoi tout le travail de suivi des personnes vaccinées — depuis des décennies — vise à vérifier si tel et tel événement de santé se produit vraiment plus souvent chez les vaccinés que chez les autres.

Les vérificateurs de faits du site américain FactCheck ont joué le jeu: en réaction à l’animateur de Fox News, Tucker Carlson, qui avait relayé le 6 mai, à ses 3 millions de spectateurs, l’affirmation douteuse sur les décès, les vaccins et le VAERS, ils ont parcouru la base de données. Ils ont ainsi trouvé une femme vaccinée le 8 janvier, et décédée deux semaines plus tard dans un accident de voiture. Un adolescent de 17 ans mort de suicide par arme à feu une semaine après son vaccin. Et une femme de 85 ans décédée dans une résidence pour personnes âgées le 29 décembre, décès pour lequel même l’auteur du rapport déposé sur VAERS admet ne pas croire à l’existence d’un lien avec le vaccin, « mais je voulais m’assurer qu’un rapport était déposé ».

En avril, un message relayé par des groupes antivaccins affirmait qu’un enfant de 2 ans était mort aux États-Unis après avoir reçu le vaccin —là encore, en citant un « rapport » publié sur VAERS. Or, aucun enfant de 2 ans n’a encore été vacciné.

Enfin, il faut savoir qu’un vaccin n’est considéré efficace que deux semaines après l’injection. Il est donc statistiquement inévitable que, sur des dizaines de millions de personnes vaccinées, un petit pourcentage ait eu la COVID après l’injection.

Un autre média de vérification des faits, PolitiFact, concluait au début de mai que la base de données VAERS, bien qu’étant un outil indispensable pour les chercheurs, était aussi devenue un « terreau fertile pour de la désinformation ». De fait, le groupe antivaccins dirigé par l’Américain Robert F. Kennedy Jr a explicitement encouragé ses membres à publier sur VAERS.

Deuxième source: Michael Yeadon

Une autre des sources fréquemment citées sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines est un Britannique nommé Michael Yeadon. Il est présenté dans une vidéo comme « vice-président et scientifique en chef chez Pfizer », ce qui lui donne d’emblée une apparence de crédibilité lorsqu’il déclare que le vaccin contre la COVID « va tuer d’ici deux ans » et qu’il sert à réduire la population de la planète.

Qui est Michael Yeadon? Tout d’abord, il ne travaille pas chez Pfizer. Comme l’indique son profil Linkedin, il a quitté son emploi en 2011. Et à l’époque, il était responsable d’un département sur les allergies et maladies respiratoires —un département qui n’avait rien à voir avec les vaccins ou les maladies infectieuses.

Une recherche Google rapide révèle de lui d’autres affirmations douteuses émises dans la dernière année. Le site de vérification des faits Snopes a par exemple noté en décembre qu’il avait prétendu que les femmes qui recevraient le vaccin deviendraient stériles. Le New York Times a également relevé cette affirmation. Déjà, il était erronément présenté par ceux qui le citaient comme ancien ou actuel « scientifique en chef de Pfizer ».

PolitiFact en octobre, et Science Feedback en novembre, ont quant à eux corrigé une fausse affirmation de Michael Yeadon à l’effet que l’épidémie était terminée depuis le début de l’automne en Grande-Bretagne.

Reuters en a fait un portrait plus détaillé en mars, en passant en revue des milliers de ses tweets, qui révèlent un grand nombre d’affirmations douteuses sur les vaccins, le confinement et la pandémie en général. Ses affirmations récentes sur les décès causés par les vaccins s’appuient, comme les affirmations précédentes, sur ses opinions personnelles, et non sur des études ou des données statistiques.

Troisième source: Geert Vanden Bossche

Le même exercice a déjà été fait avec le scientifique belge Geert Vanden Bossche, qui prétendait, en mars dernier, que la vaccination ferait apparaître des virus plus dangereux qui conduiraient à une « catastrophe » pour la population humaine.

Bien qu’il soit souvent présenté sur les réseaux comme une autorité mondiale en virologie ou en vaccinologie, une recherche rapide révèle qu’il n’a en fait rien publié depuis 1995. Et comme nous l’écrivions ici, ce que son profil Linkedin met surtout en évidence, c’est que ce scientifique fait la promotion d’un « vaccin alternatif » dont il est l’inventeur.

Plusieurs textes fouillés sont parus depuis le mois de mars qui obligent à faire preuve de prudence avant de le considérer comme une source fiable.

D’autres sources?

Il y aurait beaucoup d’autres sources autour du thème des décès. En fait, la peur d’une « dépopulation » qui serait volontairement planifiée par des groupes agissant dans l’ombre, est présente depuis le tout début de la pandémie: plusieurs rumeurs, il y a un an, prétendaient plutôt que c’était le virus qui avait été créé afin de réduire la population humaine. Ces rumeurs ont tour à tour accusé Bill Gates, ou le gouvernement américain, ou les Nations Unies, ou « les élites mondiales ». Chaque fois, le même exercice de « vérifier la source » pourrait être un point de départ utile pour faire un premier tri parmi ces affirmations.

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Vous avez identifié d’autres sources qui font des affirmations similaires et vous vous interrogez sur leur crédibilité? Contactez-nous.

Image: Mohamed Hassan / PxHere