Est-il vrai que l'huile essentielle de lavande peut devenir un perturbateur endocrinien? Des études et des mises en garde sur le sujet ont semé le doute au cours des dernières années. Le Détecteur de rumeurs fait le point.


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L’origine de la rumeur

En 2017, le magazine français 60 millions de consommateurs mettait ses lecteurs en garde contre l’utilisation de cette huile essentielle et de celle de l’arbre à thé (Melaleuca alternifolia) – toutes deux régulièrement utilisées dans les produits d’hygiène personnelle, dans les détergents et les appareils d’aromathérapie, bien qu’on les trouve rarement en combinaison dans le même produit. On les accusait de pouvoir provoquer des déséquilibres hormonaux en agissant comme perturbateurs endocriniens.

 

Quelques rares études

La publication a fait beaucoup de bruit, mais elle n’était pas la première à soulever la question. Dès 2007, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine concluait que la gynécomastie prépubère (développement anormal des seins) chez trois garçons âgés de 4, 7 et 10 ans, coïncidait avec l'utilisation de produits à base d'huiles essentielles et que les symptômes de la maladie disparaissaient lorsque ces produits n'étaient plus utilisés. En étudiant des lignées cellulaires, les chercheurs ont conclu que les deux huiles essentielles de lavande et d’arbre à thé avaient des effets stimulants sur les œstrogènes et anti-androgènes.

Une autre étude, qui ne portait elle aussi que sur trois cas de gynécomastie prépubère chez des garçons, a suggéré en 2016 que les huiles essentielles de lavande et d’arbre à thé pourraient – dans des circonstances qui restent à déterminer – mimer l’action d’hormones et donc agir comme des perturbateurs endocriniens.

Le lien suspecté entre la gynécomastie et une exposition régulière à l'huile de lavande ou d'arbre à thé est renforcé par une étude in vitro, c’est-à-dire portant uniquement sur des cellules, présentée à la réunion annuelle 2018 de la Société américaine d'endocrinologie. L’étude est parue l’année suivante. Ses auteurs, chercheurs à l'Institut national des sciences de la santé environnementale, aux États-Unis, ont testé l'impact de huit huiles essentielles sur des cellules cancéreuses humaines. Leur conclusion : les produits chimiques contenus dans ces huiles perturbent l’activité normale des hormones. Selon eux, certains des composants chimiques pourraient imiter l’œstrogène et bloquer la testostérone, entrainant un dérèglement hormonal.

Ces quelques études ont toutefois été menées à petite échelle, et sont loin d’établir un lien direct entre huile essentielle et perturbation endocrinienne. Une revue de littérature publiée en 2020 n’a d’ailleurs pas trouvé de preuves associant l'huile essentielle d'arbre à thé à une perturbation endocrinienne chez les enfants, et peu ou pas de preuves pour étayer un lien entre l'huile essentielle de lavande et la perturbation endocrinienne chez les enfants.

 

Verdict

Les données sont insuffisantes pour établir un lien. Les études ont été menées sur les huiles essentielles, et non sur la lavande proprement dite, en plus d’avoir porté sur un trop petit nombre de cas.

 

Photo: googlerankfaster / Pixabay