Il a fallu bien du temps avant que les tests rapides commencent à être utilisés au Québec. Certains ont longtemps mis en doute leur utilité. Le Détecteur de rumeurs résume la question


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L’importance du dépistage à grande échelle est une des premières choses qui a fait consensus en janvier 2020, et ce à travers le monde, avant même que les premiers cas de coronavirus ne soient observés en-dehors de la Chine.

En effet, pour combattre efficacement une épidémie, il faut dépister un maximum de cas et retracer leurs contacts le plus vite possible. Sans données précises du nombre de cas, il devient impossible de suivre la propagation d’une épidémie et de décider quelles mesures sont nécessaires pour la contrer. Et sans suivi des cas confirmés, impossible de retracer leurs contacts.

Tout cela s’est avéré encore plus vrai avec la COVID-19, dont le virus se transmet avant même l’apparition des premiers symptômes.

Or, bien que les tests PCR aient monopolisé l’attention, c’est dès septembre 2020 que le gouvernement canadien avait acquis ses premiers tests rapides (ou tests rapides antigéniques), dont plus d’un million ont été envoyés au Québec à la fin de novembre 2020.

Les tests rapides peuvent-ils remplacer les tests PCR?

Le test PCR (acronyme anglais pour réaction en chaîne par polymérase) est celui qui consiste à analyser en laboratoire l’échantillon prélevé dans la narine par le long coton-tige (ou écouvillon), dans le but d’y détecter la présence du virus, ou plus exactement d’une partie du génome du virus.

On sait depuis le début de la pandémie que les tests PCR ont leurs limites, puisqu’ils nécessitent matériel spécialisé, laboratoires adéquatement équipés, personnel qualifié et temps. Les tests rapides qu’on fait à la maison sont moins précis et sensibles, mais ce manque de sensibilité pourrait, en théorie, être compensé par l’augmentation de la fréquence des tests. Et puisque le virus se répand avant l’apparition de symptômes, réduire le temps d’obtention des résultats pourrait être une mesure clé dans le contrôle de la pandémie, faisaient valoir en février 2021 quatre chercheurs britanniques, en passant en revue quelques façons de les utiliser.

En plus de leur rapidité, les tests antigéniques peuvent s’avérer utiles dans plusieurs situations, ont dit ces chercheurs et d’autres :

  • dans les communautés éloignées et nordiques, où l’accès aux tests PCR est compliqué;
  • pour permettre la reprise de certaines activités (écoles, travail);
  • avant de participer à un événement public;
  • dans des lieux à risques afin de protéger des populations vulnérables (hébergements pour itinérants, prisons, etc.);
  • pour diminuer la durée des quarantaines;
  • pour tester les personnes asymptomatiques, par exemple aux frontières.

En revanche, dans le contexte d’un hôpital ou d’une résidence pour personnes âgées, il pourrait être préférable de ne pas y avoir recours, parce que les quelques cas de faux négatifs pourraient avoir un impact grave.

Par ailleurs, le fait qu’on passe le test à la maison rend plus difficile la récolte de données sur le nombre de cas, ainsi que le traçage des contacts.   

A-t-on démontré l’utilité des tests rapides?

Aussi flexibles qu’ils puissent être par rapport aux tests PCR, les tests rapides sont-ils suffisamment efficaces pour que l’investissement en vaille la peine? C’est là que s’est longtemps situé le débat parmi les spécialistes, les gouvernements et les fabricants de ces tests. Les principales inquiétudes étant que ces tests rapides peuvent entraîner un grand nombre de faux négatifs ou un faux sentiment de sécurité.

Aux États-Unis, les critères définis à partir de 2020 par la FDA, l’agence chargée d’approuver de nouveaux produits pharmaceutiques, ont été critiqués par des fabricants pour avoir mis la barre trop haut. Autrement dit, dans ce pays, ces critères trop sévères auraient eu pour résultat d’écarter des tablettes des magasins un trop grand nombre de tests rapides, selon ce que révélait cet automne un reportage du magazine Pro Publica. À l’inverse, des pays comme l’Allemagne et la France auraient été beaucoup plus souples.

Mais qu’en dit la recherche? Dès décembre 2020, une étude publiée dans le Lancet validait l’efficacité d’un test rapide dans deux communautés des Pays-Bas, en particulier pour identifier les « super-propagateurs ». Quelques semaines auparavant, d’autres chercheurs avaient conclu dans une recherche prépubliée (aujourd’hui publiée dans The Lancet Microbe) que ces tests rapides seraient valables pour identifier les individus les plus contagieux. Depuis, d’autres chercheurs ont confirmé ce fait, ou conclu que les tests rapides seraient, dans un contexte épidémique, « utiles pour réduire la transmission ». Une simulation mathématique effectuée en novembre 2020 indiquait également que l’utilisation de tests rapides pourrait raccourcir l’isolement préventif, ce qui augmenterait l’adhésion de la population à la quarantaine et en diminuerait les impacts socioéconomiques.

Par ailleurs, une recherche publiée en janvier 2021 (et disponible en prépublication depuis novembre 2020) concluait qu’en dépit de la moins grande sensibilité des tests rapides, ceux-ci permettaient malgré tout d’identifier les personnes avec une charge virale forte. Les auteurs écrivaient que ces tests semblaient même utiles pour identifier et isoler les personnes asymptomatiques (celles qui n’ont pas encore de symptômes de la COVID) pendant qu’elles sont contagieuses, surtout dans les populations où la prévalence de la maladie est grande.

En mars 2021, le Groupe Cochrane, qui publie des revues de la littérature scientifique ou « revues systématiques », en publiait une sur l’efficacité des tests rapides. On pouvait y lire que certains tests rapides antigéniques pourraient être utiles en certaines circonstances : lorsqu’on doit prendre une décision rapide sur les soins à apporter à un patient, ou pour identifier les éclosions et accélérer l’auto-isolation et le traçage des contacts.

Au Québec, une quinzaine de chercheurs avaient souligné l’utilité de ces tests dans une lettre publiée en mai 2021. Parallèlement, la Dre Caroline Quach-Than avait mené une étude auprès de 2000 élèves du secondaire, entre janvier et juin 2021, pour évaluer l’efficacité des tests rapides. Selon un reportage du Devoir publié récemment, elle présentait en juin 2021 ses recommandations : ces tests permettraient de renforcer le triage et de ralentir la propagation en milieu scolaire. Dans le reportage, la spécialiste s’expliquait mal la lenteur à les rendre disponibles à l’ensemble de la population.

En fait, un avis du ministère québécois de la Santé et des Services sociaux déposé en janvier 2021 recommandait lui aussi le déploiement de tests rapides dans certaines circonstances (régions mal desservies par les tests PCR, clientèles marginalisées, lors d’éclosions majeures en milieux de travail ou dans des milieux de vie pour personnes âgées, etc.). Selon la journaliste Valérie Borde dans L’actualité, qui a décortiqué le rapport sur la première vague de la pandémie de COVID-19 publié le mois dernier par la Commissaire à la santé et au bien-être, la lourdeur du système de santé québécois a ralenti plusieurs décisions dans la gestion de cette pandémie.

Et ailleurs?

En Nouvelle-Écosse, on a utilisé dès janvier 2021 les tests rapides dans les lieux publics pour détecter les cas asymptomatiques. La Grande-Bretagne et l’Allemagne ont aussi étendu l’utilisation de ces tests rapides dès le début de 2021. La Slovaquie a testé sa population entière à l’automne 2020, et l’Italie utilise les tests rapides de concert avec les tests PCR depuis octobre 2020. L’Inde, qui n’a pas les ressources pour faire des millions de tests PCR, a intégré les tests rapides dans sa stratégie de détection en 2020.

Crédits photo: Bihlmayerm / Dreamstime