Le nombre de piétons tués par un automobiliste semble être en hausse en Amérique du Nord. Un phénomène qu’on attribue traditionnellement, dans les bilans, au vieillissement de la population et à des aménagements qui privilégient l’automobile. Mais connaît-on vraiment les mesures capables de réduire ces décès, s’est demandé le Détecteur de rumeurs.


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Aux États-Unis, le nombre de piétons tués après avoir été heurtés par un véhicule motorisé est en hausse de 46% entre 2010 et 2019, selon la Governors Highway Safety Association. Pendant la même période, le nombre de victimes parmi les occupants des véhicules n’a augmenté que de 5%.

Pour lutter contre ces accidents mortels, de plus en plus de villes à travers le monde, dont Montréal, adoptent la Vision Zéro décès et blessé grave, développée en Suède dans les années 1990.

Selon le Département des Transports des États-Unis et le Forum international des transports, cette approche tient compte du fait que les usagers de la route commettent souvent des erreurs et qu’ils sont vulnérables aux transferts d’énergie lors d’une collision. De plus, cette approche priorise la sécurité des piétons et des cyclistes, qui courent davantage de risques d’être tués ou blessés gravement lors d’une collision. Le problème est amplifié, notait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2013, lorsqu’on crée des infrastructures routières à risque.

Voici quatre mesures qui utilisent cette approche dont l’efficacité a été démontrée.

1) Réduire la vitesse des véhicules

Réduire la vitesse des véhicules est l’un des moyens les plus efficaces pour améliorer la sécurité des piétons, souligne l’OMS dans son « manuel » à l’intention des décideurs politiques.

D’une part, la vitesse a un effet sur la capacité du conducteur à repérer les piétons, explique le Département des Transports des États-Unis. De plus, lorsque la vitesse augmente, la distance parcourue par le véhicule avant de pouvoir s’immobiliser lors du freinage est plus grande. Enfin, une vitesse plus grande lors de l’impact augmente la sévérité des blessures. Par exemple, le Forum international des transports estime que le risque de décès lors d’une collision avec un piéton est 4 à 5 fois plus élevé à 50 km/h qu’à 30 km/h.

Abaisser les limites de vitesse pourrait donc être une mesure facile pour réduire le nombre de décès et de blessés graves. Dans ce même document, le Forum souligne qu’en réduisant la limite de vitesse de 20 km/h, on réduit de 8 km/h la vitesse moyenne des automobilistes.

Dans son guide des meilleures pratiques, le Forum recommande que la vitesse soit limitée à 30 km/h lorsque des voitures sont en présence d’usagers vulnérables —marcheurs ou cyclistes. En milieu urbain, cette limite ne devrait pas dépasser 50 km/h.

Il est aussi possible d’obliger les véhicules à ralentir en modifiant physiquement les infrastructures routières. Selon une revue de littérature réalisée en 2015 par des chercheurs américains, suisses, kenyans et néerlandais, cela peut se faire grâce à des passages piétons surélevés, des voies plus étroites, des dos-d’âne ou des « refuges » pour piétons —un espace à mi-distance qui permet au piéton d’effectuer une traversée en deux temps. Selon l’OMS, la mise en place des passages piétons surélevés permettrait de réduire de 40 % les accidents impliquant des piétons.

2) Séparer les piétons des véhicules

Selon l’OMS, 23 % des collisions piétons-véhicules surviennent dans des quartiers sans trottoirs, là où les piétons sont pourtant beaucoup moins nombreux. Le risque d’accident de piétons serait réduit de 88 % sur les sites dotés de trottoirs.

Le Forum international des transports insiste lui aussi sur le fait que d’avoir des emplacements sécuritaires pour marcher réduirait le risque d’accidents, ne serait-ce que parce qu’un trottoir ou une voie piétonne est une bonne façon de séparer les piétons et les véhicules.

Des passerelles et des souterrains peuvent aussi être utilisés dans certaines circonstances. Mais encore faut-il que les marcheurs les utilisent, remarque l’OMS —ce qui est moins souvent le cas lorsqu’ils ne représentent pas le chemin le plus direct.

3) Améliorer la visibilité des piétons

Selon une revue de la littérature scientifique réalisée par les chercheurs de quatre pays cités plus haut, 67 % des collisions mortelles entre un piéton et un véhicule se produiraient la nuit ou dans des conditions de faible luminosité —par exemple, dans les portions de route moins bien éclairées.

Selon l’OMS, il est donc important d’améliorer la visibilité des piétons. Cela peut se faire en améliorant l’éclairage nocturne, en rendant les passages pour piétons plus visibles et en enlevant les panneaux ou les arbres qui peuvent bloquer la vue. Une étude australienne citée par l’OMS indique qu’un meilleur éclairage de la chaussée pourrait diminuer de 59 % les accidents de piétons.

De plus, l’équipe des chercheurs de quatre pays a conclu que l’utilisation par les piétons de lampes portatives, de lumières clignotantes ou de matériel réfléchissant rouge ou jaune sur leurs vêtements, serait également efficace pour réduire les collisions.

4) Améliorer la conception des voitures

De nouveaux équipements apparus sur les automobiles sont également appelés à jouer un rôle. Le Département des Transports des États-Unis rappelle que les dispositifs de détection des angles morts, de prévention des sorties de voies, de protections contre les collisions frontales et arrière, de même que les régulateurs de vitesse adaptatifs, sont des technologies qui permettent de diminuer la fréquence et la sévérité des collisions. L’OMS souligne également que de meilleurs systèmes de freinage peuvent réduire ce risque.

Par ailleurs, la popularité des VUS apparaît souvent dans les documents récents: ainsi, le rapport de la Governors Highway Safety Association soulignait que le nombre de piétons tués par un VUS avait augmenté de 81% entre 2010 et 2019, contre 53% pour les piétons heurtés par une voiture. Une partie de cette augmentation pourrait être le résultat de l’augmentation des ventes de VUS, mais une étude du Government Accountability Office des États-Unis notait en 2020 qu’un piéton avait 3,4 fois plus de chances de mourir d’une collision avec un VUS qu’avec une voiture: l’une des raisons étant que ces véhicules lourds atteignent plus souvent la victime au niveau des organes vitaux qu’au niveau des jambes.

 

Photo: Un panneau vu à New York en 2006 / Mike Castle / Flickr