Le sentiment d’outrage a pris beaucoup de place dans les débats politiques des dernières années: des politiciens l’utilisent comme une arme pour exciter une partie de leur électorat et des influenceurs s’en servent pour augmenter leur audience sur les réseaux sociaux. Or, il y a un groupe qui signale le plus hauts niveaux « d’outrage moral », selon une récente étude internationale : les jeunes hommes de 18 à 35 ans.
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Ça se traduit par une propension plus élevée à utiliser, dans une discussion, une attitude de « domination » morale —en d’autres termes, se camper dans une position de supériorité, voire tenter d’humilier le vis-à-vis. Si cette attitude est présente chez des hommes et des femmes de tous les groupes d’âge, elle s’est révélée être systématiquement plus élevée chez les hommes de 18 à 35 ans, « peu importe leur affiliation politique », écrit le sociologue allemand Sebastian Jungkunz.
L’étude, parue en avril dans Political Psychology, s’appuie sur des sondages menés dans quatre pays européens (Allemagne, France, Grèce et Hongrie) auprès de plus de 8400 personnes.
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Ce constat suggère que l’hostilité que l’on observe dans les débats politiques et dans des discussions de tous ordres sur les réseaux sociaux, pourrait être moins le résultat d’une loyauté à un parti politique que d’un désir très fort de « rehausser son statut social ».
La personne qui cherche à rehausser son statut pourrait en effet avoir cette tendance à se camper dans une position de supériorité morale; à afficher ce qu’elle veut que les autres perçoivent comme étant ses « vertus ». Ce qui ouvre la porte à la possibilité que la croyance politique qu’elle affiche ne soit pas toujours sincère: ce qui importerait, ce serait l’image que cette personne projette à travers sa colère et ce, que cette colère soit réelle ou simulée.
C’est la différence, commente le site d’information en psychologie PsyPost, entre une conviction morale profondément ancrée et une moralité affichée: cette dernière peut très bien ne pas être liée à une croyance profonde, mais à une intention « d’afficher ces croyances devant des audiences, dans le but de recueillir des récompenses sociales ».
Cette différence a été abondamment analysée en psychologie. Mais le fait qu’elle ressorte plus fortement chez les hommes de 18 à 35 ans, peu importe l’affiliation politique et le pays, réfère à ce qu’on commence à observer sur les impacts des réseaux sociaux —lieux par excellence où une personne peut « signaler ses vertus » à une audience. Et ça pose la question de l’impact différent que ces réseaux peuvent avoir chez les jeunes hommes et les jeunes femmes.





