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Dès le moment où l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, les spéculations sur les énergies renouvelables se sont multipliées : cette crise pourrait être, en théorie, une opportunité pour leur donner un élan. Est-il trop tôt pour voir se dégager des tendances?

Il est certain qu’aucun pays ne peut faire une transition énergétique en quelques semaines, ni même quelques mois. Et pour l’instant, on ignore tout de la durée qu’aura cette guerre, ou de la vitesse à laquelle la production pétrolière pourrait revenir à la normale dans les États du golfe Persique. 

Et pourtant, près de deux mois plus tard, des indices de changement sont pointés avec insistance par les observateurs.

  • Le charbon n’a pas bénéficié de la guerre en Iran, du moins pas pendant le mois de mars. Selon les analyses de la firme de consultants en énergie Ember et de l’Agence internationale de l’énergie, à l’exclusion de la Chine, la consommation mondiale de charbon en mars 2026 était inférieure à celle de mars 2025.
  • Plutôt que de remplacer leur pétrole bloqué dans le détroit d’Ormuz par des importations de charbon, de nombreux pays, en particulier en Asie, ont lancé des initiatives pour économiser l’électricité, en réduisant la semaine de travail et la production industrielle ou en encourageant l’école à la maison, résume le Centre for Research on Energy and Clean Air dans une analyse parue le 15 avril. 
  • Et si l’utilisation de charbon a diminué en mars 2026 comparativement à mars 2025,  la consommation d’électricité générée par des éoliennes a été, elle, deux fois plus importante que la diminution du charbon, et celle générée par le solaire, quatre fois plus importante.

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Il peut être trompeur de ne se fier qu’aux chiffres de mars. Il s’agit d’un mois pendant lequel, traditionnellement, la consommation d’électricité diminue —le mercure remonte, donc les besoins en chauffage diminuent. De plus, personne ne semble être en mesure d’estimer combien de temps les principaux pays consommateurs qui sont privés du pétrole du golfe Persique pourront vivre sur leurs « réserves ». 

Mais comme le notait le chroniqueur David Wallace-Wells le 22 avril dans le New York Times, ces chiffres de mars « ne sont pas tant une pause dramatique qu’une extension d’un modèle préexistant ». Autrement dit, la croissance des renouvelables était déjà sur les écrans radar depuis quelques années. En 2024, les investissements mondiaux avaient atteint le seuil des 2000 milliards$, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), soit le double des investissements dans les énergies fossiles. En décembre dernier, la revue américaine Science avait fait de la croissance des renouvelables sa « percée de l’année 2025 ». 

C’est dans cette perspective que les observateurs ont souligné qu’entre février et mars 2026, les exportations chinoises de batteries avaient grimpé de 44%, et les exportations de panneaux solaires, de 121%. Et que les ventes de véhicules électriques étaient en hausse en mars, notamment en Corée du Sud, en Australie et en France

Le plus gros bémol est que certains pays auront beaucoup plus de mal à s’adapter que d’autres. Le directeur de l’AIE, Fatih Birol, avait déclaré le 20 mars que le monde faisait face à « la plus grande menace de sécurité de l’énergie de son histoire », pire que la crise du pétrole des années 1970. Des pays n’auront d’autre choix que de revenir au charbon, surtout les plus vulnérables qui n’ont pas d’autres alternatives que le pétrole ou le gaz actuellement bloqués dans le détroit d’Ormuz. 

Mais en même temps, au contraire des années 1970, et au contraire des crises d’approvisionnement déclenchées par la COVID en 2020 et par l’invasion de l’Ukraine en 2022, c’est la première crise pétrolière au cours de laquelle les énergies éoliennes et solaires coûtent moins cher. En 2024 en effet, les trois sources d’énergie les moins coûteuses, en moyenne, à l’échelle mondiale, étaient devenues les éoliennes, les panneaux solaires et l’hydro-électricité, selon le le rapport annuel de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), une agence des Nations unies. Pour produire la même quantité d’électricité, l’éolien était en moyenne 53% moins cher que les moins coûteux des carburants fossiles, et le solaire était 41% moins cher. Concrètement, dans l’immédiat, la Chine, en raison de sa capacité à exporter la technologie, pourrait être la première gagnante.

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