Pourquoi avons-nous un menton? Peut-être pour rien. Ça pourrait être un effet secondaire de l’évolution d’autres caractéristiques de notre crâne qui, elles, étaient bien plus utiles.
À lire également
L’Homo sapiens est en effet le seul primate à être doté d’un menton. Même nos cousins Néandertaliens n’en avaient pas. Et bien que la biologie ait généralement tendance à considérer que si deux espèces cousines ont une grosse différence anatomique, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison —l’évolution aurait donné un avantage à cette espèce avec cette « nouveauté »— cette vision « utilitaire » de l’évolution est incorrecte, commente dans le New Scientist l’anthropologue Noreen von Cramon-Taubadel, de l’Université de Buffalo, auteure principale d’une étude parue dans la revue PLoS One. « L’évolution est souvent plus désordonnée et moins dirigée que les gens ne s’y attendent. »
Son équipe a réalisé une analyse comparative de l’anatomie de 532 crânes d’humains et de 14 espèces de singes, centrée sur 46 différences anatomiques —dont 9 dans la région du menton. Le fait de mesurer ces différences leur a permis de dresser un « arbre généalogique ». Et en se basant sur la vitesse à laquelle la génétique permettrait à de tels traits d’évoluer, ils en concluent que 6 des 9 traits de la région du menton ne semblent pas dépendants du processus évolutif. Le menton ne serait donc rien de plus que ce qu’il est: une extension osseuse de notre maxillaire inférieur.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
En biologie, on appelle ça une trompe (en anglais, spandrel): un caractère dont l'apparition n'est pas liée directement à une adaptation.
Mais s’il n’est qu’un effet secondaire de l’évolution, de quoi alors notre menton serait-il l’effet secondaire? En théorie, de plus qu’une chose : d’une part, lorsque nos ancêtres se sont mis à marcher sur deux pattes, leur crâne a progressivement été réaménagé, pour faciliter cette nouvelle perspective sur le monde. D’autre part, des changements dans l’alimentation ont rendu moins nécessaires de larges dents à l’avant et de puissants muscles pour mâcher, faisant reculer au fil du temps les os du maxillaire supérieur. Ce qui a rendu en comparaison le maxillaire inférieur plus proéminent —d’où, le menton.





