Le recul du journalisme environnemental s’est poursuivi à Cancun le mois dernier. Non seulement est-on passé de 4000 journalistes lors de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques l’année précédente, à 2000 cette fois-ci, mais en plus, la thématique « climat » semble moribonde dans les grands médias.

La tendance à la baisse est visible à l’oeil nu sur le graphique ci-contre, produit par Max Boykoff, de l’Université du Colorado. Celui-ci effectue depuis 2004 une veille de la couverture médiatique des changements climatiques. Ses conclusions : tout au long de 2010, et même pendant la conférence de Cancun en décembre 2010, les médias européens et nord-américains étaient en-dessous de leurs pointes du début de 2007 (exception faite du pic, à droite, qui correspond à Copenhague en décembre 2009).

Un autre chercheur, Robert Drulle, de l’Université Drexel, se contente des trois grands réseaux de télé américains, mais remonte jusqu’en 1990. Constat similaire : un déclin depuis 2007, à l'exception, lui aussi, du sursaut d’intérêt à Copenhague. Dans ses mots :

Je pense qu’il est juste de dire que le cycle de l’intérêt médiatique à l’égard des changements climatiques a pris fin et que cette histoire n’est plus considérée digne de faire la nouvelle.

Du chercheur en communications Matthew Nisbet : d’autres nouvelles compétitionnent pour obtenir l’attention des médias, et le climat n’est pas de taille.

Enfin, au Québec, un sondage Senergis réalisé pour Le Devoir révélait le 23 décembre que seulement 31% des Québécois avaient lu des reportages sur la conférence de Cancun.

Tout recul n’est pas négatif

Ceci dit, on aurait tort de déchirer sa chemise en ne voyant que du négatif dans cette évolution. Est-ce que les changements climatiques devraient revenir au niveau d’attention qui était le leur en 2007? Au risque de choquer les verts de ce monde, je dirais que non.

Je ne serai pas le premier à faire remarquer que l’importance sociale d’un sujet ne peut pas se mesurer par le nombre de manchettes qu’il génère (Lady Gaga, allô?). De plus, la tendance de la prochaine décennie qui mérite sérieusement d’être surveillée n’est pas tant la vitesse à laquelle la Terre se réchauffera... que la vitesse à laquelle nos sociétés feront la transition.

Transition vers un mode de vie moins polluant, moins gaspilleur et moins destructeur pour l’environnement: autrement dit, si les thématiques « énergie » et « écosystèmes » prenaient dans les médias la place occupée en 2007 par la thématique « climat », nous ne nous en porterions que mieux.

(OK, je préférerais que TOUTES ces thématiques, « climat », « énergie » et « écosystèmes », acquièrent une place importante dans les médias, mais soyons réaliste)