L'antenne du radiotélescope russe est maintenant déployée. Selon Agence France Presse, il aurait fallu plusieurs tentatives pour y parvenir. Maintenant c'est fait. L'engin décrit une orbite fort allongée en 8,2 jours. Dans sa position la plus éloignée de la Terre il effleure même l'orbite de la Lune (330 000 km). Son point le plus rapproché est de 600 km.

Cette mission spatiale est particulièrement excitante et intéressante. Spectrum-R est le premier instrument d'une longue série de radiotélescopes qui décrypteront le rayonnement de l'univers à diverses longueurs d'onde. En 2013, se serra Spektr-RG, qui lira le rayonnement X, Spektr-UF le ferra dans l'ultraviolet en 2015.

Ces missions sont excitantes pour les résultats que l'on en attend et intéressantes pour les réflexions qu'elles suscitent.

C'est d'abord l'absence d'intérêt médiatique de l'aventure qui frappe. Non, non, on me chuchote que je laisse entendre que les journalistes ne font pas leur travail. Loin de moi, cette idée. Les journalistes font très bien leur travail, docilement. Ils matérialisent fidèlement les consignes et les directives des chefs de pupitre et des rédacteurs en chef.

Les entreprises de presse sont la propriété de grands groupes financiers. Qu'est-ce qui les intéresse, est-ce les résultats, les profits? Est-il de mise de s'accrocher aux potins, aux mises en scènes politiques, aux compétitions sportives bidon, aux apitoiements artistiques? Désire-t-on produire de la cacophonie? Avons-nous l’intention de broyer le lecteur ou le téléspectateur sous une quantité phénoménale d'informations anecdotiques? Pourquoi un patron de presse vous dit-il: «Ces questions (astronomie, espace) m'intéressent, mais elle n'intéresse pas mes lecteurs»? «Mes» lecteurs, remarquez le possessif.

Donc, ne cherchez pas d'information sur le radiotélescope dans vos quotidiens. Les chances que vous y trouviez deux lignes sont à toute fin pratique nulle. Traiter ces questions est devenu trop compliqué, il y a trop d'explications à fournir et puis on n'a pas (ou n'a plus) les ressources. De plus, il semble que le propriétaire soutient que c'est sans intérêt. Alors cherche-t-on à publier des informations qui poussent à la consommation?

Faut-il maintenir le citoyen dans un esprit de confusion tel, que celui-ci, en guise de thérapie, se précipite dans les magasins pour se procurer des objets inutiles qui lui servent d'analgésique?

Il fut un temps, ou les pages des journaux grouillaient d'informations captivantes sur les missions spatiales. Plus maintenant. À cette époque révolue, les citoyens de la planète suivaient, d’heure en heure, le vol vers la Lune des premiers engins d'exploration. Le sujet était de toutes les conversations. Les regards portaient haut. Il y avait de l'espace pour respirer.

De nos jours, où l'exploration de l'espace est réduite à sa portion congrue et au sensationnalisme, les missions n'en sont pas moins intéressantes. Qui fera part de l'extrême ingéniosité de ses savants, ingénieurs et techniciens qui ont conçu ces engins remarquable? Les sondes spatiales sont de véritables prouesses d'intelligence et reposent sur des solutions technologiques remarquables. L'espèce humaine, dans ce qu'elle a de meilleur et de grandiose s'exprime dans ces efforts pour réduire l'obscurité à la lumière du savoir et des connaissances.

Quelqu'un a déjà écrit : «le journal est la prière du matin de l'homme moderne». Aujourd'hui la prière est païenne et terre-à-terre.