À l’approche des Fêtes et de son opulence, il est de bon ton, surtout dans les grands médias, d’avoir une pensée pour «les pauvres», voire même de leur ramasser quelques boîtes de conserve pour les aider à passer l’hiver. Les causes structurelles de cette pauvreté sont rarement abordées, sinon pour dire que des politiques plus progressistes seraient requises au nom de principes comme l’égalité et la solidarité.

Les neurosciences apportent cependant de plus en plus d’arguments démontrant que ce fléau peut avoir de graves conséquences non seulement sur la santé (ça, on le sait depuis longtemps), mais sur les capacités cognitives mêmes des personnes qui peinent à «joindre les deux bouts». La dernière de ces études considérant spécifiquement cet aspect de la pauvreté a été publiée en août dernier dans la revue Science par Anandi Mani et ses collègues.

Par deux approches différentes, ceux-ci arrivent à la même conclusion: pour les gens en bas du spectre socioéconomique, la vie de tous les jours requiert tellement de calculs et d’efforts pour faire face aux nécessités matérielles de base (manger, se loger, etc.) que cela épuise les capacités mentales. Autrement dit, vivre dans la pauvreté, c’est mentalement fatiguant. Et ça laisse peu d’énergie à consacrer à sa formation ou à l’éducation des enfants. Réduisant du même coup nos aptitudes à faire des choix rationnels, aptitudes qui s’acquièrent en grande partie par l’éducation, justement…

Toujours en août 2013, mais dans la revue PNAS maintenant, Pilyoung Kim et ses collègues examinent les causes développementales pouvant expliquer le fait que le stress chronique expérimenté par les enfants en situation de pauvreté amène des difficultés réguler les émotions négatives une fois adultes. Difficultés, on le sait, qui sont elles-mêmes associées à toutes sortes de problèmes de santé physiques ou psychologiques.

L’examen par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) du cerveau d’une cinquantaine de gens âgés de 24 ans montre une activité moindre du cortex préfrontal ventrolatéral et dorsolatéral chez les sujets ayant vécu dans une famille à bas revenus quand ils avaient 9 ans. Et comme ces deux régions du cortex préfrontal sont associées au contrôle de l’amygdale, fortement impliquée dans les émotions négatives, les auteurs pensent que le stress lié au bas revenu perturbe le développement de cette voie d’inhibition naturelle entre les deux régions cérébrales.

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Toujours sur le même sujet, mais sur la scène locale, le journaliste scientifique Yanick Villedieu, animateur de l’émission radiophonique Les années lumières, à Radio-Canada, signalait le 14 novembre dernier dans une chronique pour l’émission Pas de midi sans info le site web l'Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants (dernier lien ci-bas) comme une excellente source d’informations sur la pauvreté et le développement des enfants. Du même souffle (et je ne pouvais pas ne pas le mentionner aux assidu(e)s de ce blogue…), Villedieu signalait également «un site extraordinaire qu’il faut vraiment suivre qui s’appelle Le cerveau à tous les niveaux.» ;-)