La volonté d’atteindre nos objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES) se fait de plus en plus sentir, et des solutions technologiques et comportementales commencent à être mises en place aujourd’hui au Québec. Or, de nombreuses études ont montré que les réductions réelles ne sont pas à la hauteur des réductions attendues. En effet, les changements de comportements et les améliorations technologiques permettant des réductions d’émissions de GES engendrent aussi des effets rebonds non négligeables.

Par Marianne Pedinotti-Castelle, candidate au doctorat au LIRIDE.

Qu’est-ce qu’un effet rebond ?

Le terme d’effet rebond est un terme initialement employé dans un contexte d’amélioration de l’efficacité énergétique : par exemple, si un consommateur remplace sa chaudière obsolète par une chaudière plus performante, l’économie engendrée pourrait permettre au consommateur d’augmenter le chauffage et la température de sa pièce, au même prix et pour un plus grand confort. Par la suite, la littérature a identifié de nombreux domaines dans lesquels on pouvait parler d’effet rebond : économie, psychologie, écologie industrielle, etc. L’effet rebond est maintenant défini comme un “effet par lequel les économies réelles d'un individu ou d'un ménage en matière de consommation d'énergie, d'émissions ou d'autres impacts environnementaux sont inférieures aux économies calculées, parce qu'elles sont partiellement ou totalement compensées par des réactions comportementales négatives” (traduit de Reimers et al., 2021). Les effets rebonds se décomposent en effets rebonds directs et indirects. Un effet rebond direct est un effet qui est observé lorsque la consommation pour un service énergétique augmente, après que l'efficacité de ce service a augmenté (par exemple, l’augmentation de la température d’une pièce suite au remplacement d’une chaudière par une chaudière plus efficace). Un effet rebond indirect implique que les consommateurs réagissent à une amélioration de leur consommation, en augmentant leur consommation dans un autre domaine. Par exemple, les consommateurs pourraient dépenser les économies réalisées grâce à leur nouvelle chaudière dans des vacances à l'étranger, ce qui s'accompagnerait d'une augmentation des émissions. Dans des cas extrêmes, les réponses comportementales peuvent même surcompenser les économies réalisées. La figure ci-dessous résume le cheminement engendrant un effet rebond.

Figure. Les mécanismes menant à un effet rebond (figure traduite et simplifiée de Reimer et al., 2021) (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2666784321000267#tbl1)

Quelles conséquences des effets rebonds ?

Une revue de littérature récente a comptabilisé quarante-cinq études traitant de l’effet rebond. Parmi ces études, trente portent sur l’Europe, six sur la Chine, quatre sur les États-Unis, deux sur l’Australie, deux sur le Japon, et une sur le Canada. Le plus souvent, les études évaluent les effets rebonds engendrés par des améliorations de l'efficacité ou par des changements de comportement dans le secteur résidentiel (trente études) (par exemple, pour le chauffage, l'éclairage ou l'utilisation d'appareils électroménagers). Vingt-cinq études incluent les effets rebonds dans le domaine du transport. Les changements dans la consommation alimentaire (treize études) sont aussi un sujet commun. Sept études portent sur d'autres secteurs. Trop peu d’études quantifient les effets rebonds, et encore moins les effets rebonds indirects.

Pourtant, il a été montré que les effets rebonds peuvent avoir un effet majeur. L’étude la plus récente (2017) portant sur un pays Nordique (la Finlande) dont le climat est comparable à celui du Québec, a montré que les effets rebonds dans le transport pouvaient contrer entre 23 et 68 % des réductions de GES estimées. Une étude effectuée sur la période 1964-2015 en Allemagne a montré que les effets rebonds pouvaient annuler 55% des réductions estimées en chauffage des habitations, et 54% des réductions en éclairage !

Le mot de la fin

A l’heure ou la transition énergétique est planifiée et quantifiée de manière scientifique, il est d’autant plus important d’inclure - dans la mesure du possible - les effets rebonds dans notre planification. Reconnaître ces effets rebonds revient aussi à reconnaître les limites que peuvent avoir les changements technologiques. Cela peut nous aider à mieux nous adapter aux changements auxquels nous devront faire face, plutôt que d’en subir des revers non désirés.