J’aimerais vous parler aujourd’hui d’une initiative importante qui est un peu passée sous le radar des grands médias : Le Manifeste pour une véritable Santé publique. Il soutient entre autre que la santé publique a failli à de nombreux niveaux durant la crise sanitaire en laissant plusieurs décisions être davantage motivées politiquement que scientifiquement. Plusieurs des mesures mises en place au Québec par le gouvernement Legault, la plupart du temps de façon unilatérale, auraient fait, selon les 640 professionnels de la santé et universitaires qui ont présentement signé le manifeste, plus de tort que de bien à la population dans son ensemble. L’un des objectifs de ce regroupement est d’ailleurs de répertorier ces « dommages collatéraux » qui vont de l’anxiété à la dépression en passant par le décrochage scolaire, les violences familiales, les surdoses et même le suicide. C’est en ce sens qu’il me semble pertinent d’en parler dans un blogue qui ne cesse vouloir montrer les liens intimes qui unissent notre cerveau, notre corps et notre environnement.

Notons d’abord la qualité générale des membres signataires, dont par exemple Gary Kobinger, microbiologiste de calibre international qui était à l’Université Laval et qui travaille depuis peu au laboratoire Galveston National au Texas à la création d’un vaccin universel contre les coronavirus. On est donc loin de gens qui formuleraient ces critiques à partir d’une position anti-vaccin émotive ou mal informée. Et c’est justement ce qui rend cette initiative pertinente : elle permet de sortir du débat pro versus anti vaccin qui polarise actuellement les débats et empêche de soulever de nombreuses questions essentielles pour la suite des choses.

Benoît Girouard, l’instigateur du manifeste, explique en entrevue que si l’improvisation du gouvernement au début de cette crise inédite peut se comprendre a posteriori, il y eut très vite politisation des décisions au détriment de la science. Il cite l’exemple du directeur de la santé publique du Québec, le Dr. Horacio Arruda, qui avait d’abord proposé de réduire de moitié la capacité des restos au début de la crise puisque peu de foyers d’éclosion y était répertoriés, mais où le gouvernement Legault a malgré tout décidé de tout fermer.

Par la suite, ce même gouvernement s’est éloigné progressivement de plus en plus des objectifs de la santé publique tels que définis par l’Organisation mondiale de la santé en 1952, comme le rappelle le manifeste, à savoir : « la science et l’art de prévenir les maladies, de prolonger la vie et d’améliorer la santé physique et mentale à un niveau individuel et collectif ». Ou encore comme le rappelle, ici même au Québec, l’article 1 de Loi sur la santé publique qui « a pour objet la protection de la santé de la population et la mise en place de conditions favorables au maintien et à l’amélioration de l’état de santé et de bien-être de la population en général ».

Et ce que les signataires de ce manifeste affirment, c’est que depuis le début de la crise du coronavirus, l’aspect collectif et surtout préventif de la santé publique semble avoir été relégué au second plan derrière une approche centrée presque exclusivement sur la virologie, l’épidémiologie et l’approche vaccinale. Or dans une crise aussi globale, ce sont certes des aspects importants, mais les mesures prises pour s’y attaquer vont avoir, elles aussi, des répercussions sur de nombreux autres déterminants de la santé.

J’avais évoqué les plus graves dans ce bloque, comme l’histoire des couvre-feu aux heures variables dont l’efficacité n’a jamais reçu de démonstrations scientifiques convaincantes. Par contre, côté réduction des possibilités d’exercice physique et de socialisation à l’extérieur, deux activités scientifiquement très solidement établis comme facteur favorisant la santé physique et mentale, là on scorait pas mal fort, comme on dit…

Ou comme l’instauration d’un passeport vaccinal controversé, qui implique d’une part l’instrumentalisation de citoyens devant en contrôler d’autres pour l’accès à des espaces de socialisation, entretenant ainsi un climat de méfiance et de délation. Et d’autre part, qui remet en question la notion même de consentement libre et éclairé normalement au cœur de la pratique médicale, tellement les contraintes en termes d’accès au travail et d’activités de toutes sortes sont grandes si l’on a fait le choix de ne pas être vacciné. Les signataires du manifeste parlent de « consentement extorqué » pour dénoncer cette manœuvre non nécessaire alors que le taux de vaccination au Québec atteignait déjà les 85%, l’un des plus élevé au monde. Girouard rappelle d’ailleurs toute l’ironie d’une époque où l’on reconnait l’importance d’expliquer à nos enfants la notion de consentement pour ce qui est des relations sexuelles, ou sur le fait qu’ils ne sont pas obligés d’aller donner un bec à tous les monocles à Noël, mais on fait en sorte en même temps que bien des gens n’ont plus vraiment le choix de ne pas être vaccinés sous peine de se retrouver complètement isolés et d’en subir les sévices.

Le regroupement espère d’ailleurs répertorier et rendre public de manière plus transparente les effets secondaires des différents vaccins pour donner une image plus juste de leur fréquence et de leur importance. Il faut entendre dans cette vidéo le Dr. René Lavigueur expliquer à quel point le système actuel pour rapporter ces effets secondaires est fastidieux, de sorte que, de l’avis même de ce médecin, à peu près aucun de ses collègues n’ont le temps de s’en occuper ! Cela pose, pour le moins, des questions quant au narratif officiel univoque du gouvernement du tout à la protection vaccinale. Une protection qui va durer combien de temps, d’ailleurs ? Et efficace dans quelle proportion pour quels variants ? Et pour quelles personnes cette protection sera-t-elle un meilleur choix dans la balance des bénéfices versus les dangers ? Et qu’en est-il des ados et des enfants pour cette balance de risque ? Je vois de plus en plus passer d’études comme celle-ci, en « preprint », et donc pas encore revue par les pairs, mais dont les conclusions sont préoccupantes si elles s’avéraient justes :

«Pour des garçons sans problème de santé sous-jacent, le risque de connaître un événement cardiaque, ou d’être hospitalisé pour cela, après une deuxième dose de vaccin à ARNm est considérablement supérieur au risque d’hospitalisation Covid-19 sur 120 jour, même en période de pic épidémique.»

Bref, ce que demandent au fond les signataires du Manifeste pour une véritable Santé publique, c’est de pouvoir poser ce genre de questions aux autorités et qu’on puisse en débattre réellement. Et qu’ils arrêtent, surtout, d’invoquer l’état d’urgence alors que tout le monde s’entend actuellement pour dire qu’on contrôle bien la sortie de cette petite 4e vague de la pandémie et que tous les experts mondiaux s’accordent pour dire qu’il faut maintenant apprendre à vivre avec ce virus. D’où l’importance de pouvoir parler de prévention, entre autres par l’entremise de tous les autres déterminants de la santé, activités ou traitements qui peuvent renforcer le système immunitaire et casser la Covid à ses débuts quand on l’attrape. Penser véritablement en termes de santé publique, en d’autres mots. Et se dire, collectivement, à la suite du Dr. Jean-Charles Bernard, qu’une autre pandémie est possible. Même si ce médecin psychiatre œuvre dans le service public français, les points questions qu’il soulève rejoignent tout à fait celle des signataires du manifeste québécois. Je vous laisse avec sa conclusion, mais vous invite à lire son cri du cœur au complet.

« Dans cette autre pandémie, à tous les niveaux, nous restaurerions des débats démocratiques : à la maison, au travail, dans la rue, dans les médias, dans nos cercles amicaux et nos institutions. Nous ouvririons le débat, c’est la base de la démocratie. C’est de notre responsabilité à chacun et chacune.

Et dans cette autre pandémie, nous demanderions un changement urgent d’attitude à celles et ceux qui nous gouvernent, l’arrêt de la destruction du lien social sous couvert d’urgence sanitaire — un exemple en est la pérennisation du passe sanitaire, c’est-à-dire le bannissement social d’une partie de la population sur le long terme. Nous demanderions plutôt une considération des enjeux écologiques et sociaux. Cette autre pandémie commencerait par là. Il y a urgence, il en va de notre santé physique et psychique à tous et toutes ! »