On sait que la Covid-19 a eu plus d’effets négatifs au niveau économique et au niveau de la santé physique chez les populations au statut socio-économique plus bas. Mais qu’en est-il au niveau de la santé mentale et des habiletés cognitives ? J'en ai déjà parlé ici, mais de plus en plus d'études  commencent à sortir là-dessus. Et comme on pouvait s’y attendre, les résultats ne sont pas joyeux. Ainsi, une étude qui vient tout juste d’être publiée dans la revue PNAS indique que les adolescents vivant dans des familles à statut socio-économique bas et ayant eu à transiger avec la Covid-19 voient leurs aptitudes prosociales diminuer de façon plus marquée que les adolescents provenant de familles plus aisées.

Cela corrobore d’autres enquêtes, comme celle menée également en France par Nicolas Franck et son équipe. À la fin de la première semaine de confinement au printemps 2020, ils observent une baisse généralisée du bien-être des répondants à leur enquête, surtout chez les jeunes et les étudiants, chez les personnes isolées, chez les sans-emploi et chez les personnes ayant souffert de troubles psychiques auparavant.

Toujours durant le premier confinement, cette enquête a permis de constater que

« deux tiers [des Français] ont considérablement augmenté leur consommation d’écrans, avec pour une personne sur six, une perte de contrôle sur ces usages, c’est-à-dire le développement potentiel d’une addiction. Les consommations d’alcool, de tabac, de nourriture et de cannabis ont aussi augmenté, avec parfois une perte de contrôle. Et nous sommes certainement en dessous de la réalité, car la plupart des répondants à l’enquête n’avouaient probablement pas tous leurs changements de pratiques… »

On ne s’étonnera pas que le psychiatre et ses collègues ont pu observer que la capacité d’avoir maintenu des contacts sociaux avec les autres constituait un facteur de protection important pour ces troubles de santé mentale. Mais on parle ici de véritables échanges, pas du temps passé sur les réseaux sociaux. Parmi les autres facteurs de protection, on ne s’étonnera pas non plus de retrouver

« une activité physique régulière, travailler ou télétravailler, et arriver à s’occuper à la maison, souvent d’une autre manière que d’habitude, par exemple en se mettant à peindre, à écrire ou à cuisiner. Les personnes restant chez elles, sans rien faire, en laissant se désorganiser leur journée et leur nuit – par exemple en se couchant et en se levant très tard –, en mangeant à n’importe quelle heure, déclaraient un bien-être mental beaucoup plus faible. »

Selon Nicolas Franck, les jeunes sont clairement parmi les plus touchés, consultant beaucoup plus pour des problèmes de dépression par exemple. Ce qui nous ramène à l’étude de Camille Terrier et ses collègues dans PNAS. La baisse d’altruisme, de générosité ou de coopération avec les autres devenant évidemment de plus en plus difficile à mesure que notre mal de vivre nous isole socialement et nous enferme sur nous-même.

Voilà qui donne encore une fois à réfléchir sur certains moyens utilisés durant la gestion de cette crise sanitaire (confinement et couvre-feu, passeport sanitaire, etc) et leurs conséquences à long terme chez certaines sous-populations qui étaient déjà plus fragiles et anxieuse dans un contexte de crise climatique et d’un système économique propice à l’exclusion sociale.