Les plus vieilles traces de bipédie sont associées à l’espèce du fameux fossile de Lucy, Australopithecus afarensis. Une autre espèce ayant laissé d’autres traces, différentes des premières, et datant exactement de la même époque, viennent toutefois d’être authentifiées, si l’on en croit une étude récente qui vient d’être publiée dans la revue Nature.

 

La lignée humaine s’est séparée de celle des chimpanzés, nos plus proches cousins, il y a au moins 7 millions d’années. Le caractère le plus notable reconnu aux Hominiens (notre lignée) est la bipédie. Bien qu’on ait des preuves indirectes que les plus anciens représentants de notre lignée aient pu marcher debout, du moins sur de courtes distances, la preuve directe la plus ancienne remonte à il y a 3,66 millions d’années. C’est en effet l’âge de la cendre volcanique durcie du site de Laetoli, en Tanzanie, où  Mary Leakey et Richard L. Hay ont découvert en 1978 des traces de pas d’un Hominien marchant debout.

Ils avaient aussi découvert en 1976, non loin de là, un autre site particulièrement riche en empreintes animales de toutes sortes (environ 18 000 !), dont cinq qui semblaient être celle d’un animal marchant debout (à gauche sur la photo ci-dessus). Mais les traces plus larges et leur espacement suggéraient pour plusieurs paléontologues qu’il s’agissait davantage d’un animal de la famille des ours. Et lorsqu’on a découvert les traces de l’autre site en 1978, beaucoup plus convaincantes (à droite sur la photo ci-dessus), ces premières traces découvertes en 1976 sont tombées dans l’oubli.

Jusqu’à ce que l’équipe de Ellison J. McNutt les reconsidère récemment à l’aide de techniques plus modernes comme le scan 3D (l’image en couleur ci-dessous) et en les comparant minutieusement avec les empreintes d’ours vivant aujourd’hui et ayant une taille comparable à celle des empreintes.

Leur étude publiée le 1er décembre dernier et intitulée Footprint evidence of early hominin locomotor diversity at Laetoli, Tanzania ne laisse pas de doute sur leur nature : ces traces semblent bien provenir d’une autre espèce d’Hominidé, différente de celles découvertes en 1978. Il y aurait donc eu, à cette époque, au moins deux espèces d’Hominidés qui aurait vécu en même temps et se seraient possiblement côtoyées. Un peu comme pour Homo sapiens et Homo neandertalis le feront beaucoup plus tard.

On s’accorde pour dire que l’avènement de la bipédie au cours de l’évolution de notre lignée a été l’un des facteurs importants qui a permis par la suite l’expansion du volume cérébral humain (p.139 et suivantes de ce lien). Si l’on en croit cette découverte, il semble donc que plusieurs espèces d’hominidés aient eu cet avantage de départ en même temps.