Le 1er janvier 1999 à 1h40 du matin, une avalanche éventrait le gymnase de l'école du village de Kangiqsualujjuak (Nunavik) où les habitants s'étaient réunis pour fêter la nouvelle année. Avec neuf décès et 25 blessés, cet événement s'avère l'une des pires catastrophes du genre non seulement au Québec mais aussi au Canada.

« Nous n'avons pas le relief des Rocheuses mais nous ne manquons ni de neige ni de blizzards. Le Québec a tout ce qu'il faut pour fabriquer des avalanches », s'exclame Bernard Hétu de l'Université du Québec à Rimouski et co-auteur d'un rapport sur les conditions météorologiques et des facteurs de terrain propices au déclenchement des avalanches au Québec.

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Un résumé de cette étude sur les avalanches québécoises préparée dans le cadre du Programme conjoint de sécurité/avalanche au Québec (PCSAQ) paraît dans le numéro d'hiver de la revue canadienne Avalanche.

Recette mortelle Phénomène méconnu au Québec -que l'on associe plutôt à la haute montagne- les avalanches font de nombreuses victimes. Depuis le début des années 1970, le bilan, dans la belle province, s'élève à 32 morts et 27 blessés. Cela sans compter les accidents non rapportés.

Tadoussac, Blanc-Sablon, Shawinigan, Parc de la Gaspésie... aucune région n'est épargnée rapporte l'enquête historique qui dresse un portrait général des accidents mortels provoqués par les avalanches au Québec depuis 1825.

Il existe des zones particulièrement propices, telles les falaises de Lévis. « J'ai été le premier surpris de découvrir l'ampleur du problème à Lévis. C'est très fréquent comme peuvent en témoigner de nombreuses personnes âgées », soutient le professeur de géographie, qui a découvert une mine d'informations sur le sujet en dépouillant une base de données de coroners disponible en ligne. La forte densité de population le long de cette zone à risque expliquerait en partie le grand nombre de décès.

Neuf fois sur dix, le scénario de l'avalanche est identique : un plateau déboisé surplombant un dénivelé, une chute de neige abondante, une période de redoux suivi d'un fort blizzard. Une combinaison qui peut s'avérer mortelle pour toute personne placée au mauvais endroit, au mauvais moment.

Ainsi, l'avalanche de Château-Richer (Le Moyne), qui s'est produite le 14 février 2000 sur le flanc d'un étroit ravin entaillant une terrasse rocheuse, a entraîné dans sa furie deux adolescents, provoquant la mort de l'un d'eux. Ici, la pente – 40 mètres très raide – est surplombée d'une large terrasse combinée à un vaste champ ouvert, n'offrant aucune barrière aux vents violents et propice à la forte accumulation de neige.

Sportifs en tête Comme le signale l'enquête, les principales victimes sont des adeptes de sports d'hiver. 26 personnes décédées au cours des 30 dernières années pratiquaient soit du ski de randonnée, de la planche à neige, de la motoneige ou du toboggan.

Alors que l'aventure hors-piste gagne de nombreux émules, le géographe prévoit même une augmentation des d'accidents et des décès liés aux avalanches. « Chaque hiver apporte sa petite bombe à retardement », déplore Bernard Hétu.

Il faut dire que le Québec pèche par manque de culture des avalanches. Alors que les autres provinces possèdent des spécialistes, ici, les archives s'avèrent rares et les incidents peu documentés. « Et nous sommes frappés d'amnésie collective », relève même le chercheur. D'où l'importance de se doter d'outils de gestion du risque tel que le Centre d'avalanche de la Haute-Gaspésie qui existe depuis 6 ans. Ce centre d'information, de formation et de prévention aux avalanches est actuellement à la recherche d'un financement plus soutenu pour poursuivre sa mission.

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