Dans un contexte où la désinformation climatique s’est ajoutée aux obstacles sur la route d’une transition énergétique, voilà que l’IA se révèle être une alliée des désinformateurs : un tiers des usagers des réseaux sociaux ont été exposés à une forme de « micro-ciblage » créée par l’IA.
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Ces chiffres, publiés en février, proviennent d’un rapport du Forum sur l’information et la démocratie, une coalition d’une dizaine d’organismes internationaux, dont Reporters sans frontières. Le Forum avait créé il y a un an un groupe de travail sous l’égide des gouvernements de l’Arménie et du Brésil, dans la foulée de la dernière rencontre annuelle internationale sur le climat (COP30), qui avait lieu au Brésil en novembre 2025.
L’intention de ce rapport est avant tout un appel à l’action et il contient à cet effet des recommandations pour combattre la « monétisation de la désinformation »: par exemple, les gouvernements pourraient obliger les plateformes de réseaux sociaux à plus de transparence sur leur financement ou sur l’identité de leurs usagers. Ou bien mieux protéger les journalistes environnementaux et les militants contre les attaques et les menaces de mort dont ils sont l’objet dans plusieurs pays.
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Il est certain que la désinformation climatique n’avait pas attendu l’IA pour envahir les réseaux sociaux: plusieurs études ces dernières années avaient même pu observer des « pics » d’activité à l’occasion de chaque COP annuelle, et une recherche de 2022 notait une montée de l’hostilité et des propos haineux, d’année en année.
Or, s’il est maintenant bien établi que les réseaux sociaux sont taillés sur mesure pour disséminer un discours appuyé sur des émotions plutôt que sur la véracité des faits, il ne faut pas perdre de vue qu’ils sont également excellents pour rejoindre des micro-audiences. Par exemple, lit-on dans le rapport, des campagnes de désinformation « peuvent cibler des électeurs conservateurs avec des messages qui s’alignent sur leurs valeurs ou leurs préoccupations économiques, en alléguant que de s’attaquer aux changements climatiques serait trop coûteux ou ferait perdre des emplois ».
C’est en plus du fait que « les campagnes de désinformation se sont progressivement concentrées sur le fait de diviser l’opinion publique et de présenter les changements climatiques comme une question hautement polarisée » —bref, en présentant le climat comme une question partisane plutôt qu’appuyée sur des données probantes.
L’IA en est donc à présent capable elle aussi. En ramassant de vastes quantités de données sur chacun de nous, les algorithmes « peuvent aider à façonner des messages hautement personnalisés », capables de toucher une corde sensible chez des segments choisis de la population. C’est donc un tiers de la population qui aurait été exposée à ces messages —« un chiffre qui continue de grossir ». Et selon une enquête menée en 2024 dans huit pays par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, 25% des répondants ont indiqué qu’ils croient voir une information fausse ou inexacte sur le climat au moins une fois par semaine.
Ce n’est pas un hasard si c’est au Brésil en novembre dernier que, pour la première fois, a été signée une Déclaration sur l’intégrité de l’information sur le climat : c’était une reconnaissance par le pays-hôte que la lutte contre la désinformation climatique était devenue une priorité politique. Ça passe, lisait-on dans la Déclaration, par l’importance de reconnaître des initiatives « qui font la promotion de la littératie médiatique et du droit du public à une information fiable et accessible », par un soutien financier aux médias indépendants et par une protection des journalistes qui couvrent l’environnement: parce que, dans un rapport sur la question publié en 2024, l’UNESCO estimait que 44 journalistes avaient été tués en 15 ans alors qu’ils effectuaient des enquêtes sur des enjeux environnementaux.


