C’est la saison des inondations au Québec. Et comme chaque année, on empile des sacs de sable et on s’inquiète de la résilience des infrastructures mises en place pour limiter les dégâts. Mais pour l’hydrogéomorphologue Pascale Biron, il faudrait changer de paradigme, en « laissant leur espace de liberté aux rivières ».
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En date du 20 avril, le réseau Vigilance recensait plus d’une trentaine d’inondations, surtout en Outaouais et à Montréal. Depuis, la situation s’est améliorée en plusieurs endroits. Mais le réchauffement climatique risque d’accroître le nombre d’inondations dans les années à venir. Et l’approche traditionnelle, qui consiste à installer des infrastructures et à renforcer la résilience des bâtiments, n’est pas la meilleure des solutions, selon Pascale Biron.
Elle est professeure au département de géographie, planification et environnement de l’Université Concordia et codirectrice du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie, la science des écosystèmes d’eau douce. Elle étudie la dynamique des cours d’eau et l’impact des changements environnementaux sur les rivières du Québec.
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Et ce thème de la dynamique des rivières, à propos duquel elle est souvent intervenue depuis 10 ans, était le thème d’une conférence à l’Université du Québec à Montréal ce jeudi. Il serait plus efficace de « tenir compte de la dynamique des rivières », insiste-t-elle.
Inonder et éroder les berges, «c’est quelque chose qui fait partie de la dynamique naturelle des rivières ».
En entrevue, l’hydrogéomorphologue soutient qu’il faudrait déplacer les personnes vivant dans les zones inondables et arrêter de construire des infrastructures ou de cultiver dans les zones à risque.
« Quand il y a une rivière qui déborde et qu'il n'y a pas d'infrastructures autour, c'est un non-événement, il ne se passe rien. »
Se battre avec la nature, c’est un combat perdu d’avance, poursuit Pascale Biron. C’est dans l’essence des rivières de déborder.
Le Québec prépare par ailleurs une nouvelle révision des cartes des zones inondables, qui permettent aux résidents de savoir dans quel type de zone ils sont : zone à risque très élevé, moyen ou faible. Mme Biron rappelle que lors des importantes inondations de 2017 et 2019, le gouvernement québécois avait déplacé des habitants et annoncé dédommager les personnes qui avaient subi des inondations.
Pour l’experte, arrêter de construire, d’habiter ou de cultiver dans des zones à risque, c’est aussi plus économique à long terme. « C'est cher pour la société, de toute façon, quand il y a des inondations majeures. Et c'est sûr que ça coûte cher de déménager les gens hors de ces zones à risque. Mais, si on se projette sur du long terme, il y a une économie à faire, car on élimine de façon définitive le problème. »
Elle est également consciente que c’est très difficile pour les résidents de déménager, mais le stress des inondations qui revient chaque année, est lui aussi très éprouvant.
L’hydrogéomorphologue explique cependant que ce n’est pas une solution universelle. Il faut s’adapter en fonction du niveau de risque, et d’autres solutions existent : « on parle souvent de parcs éponges, par exemple, ou de créer des bassins, et de s'assurer que l'eau aille vers des parcs, plutôt que vers des maisons. On peut aussi rénover les systèmes d'égout s’ils sont délabrés. »
- Adan Cochet





