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Là où de méga-projets pour freiner la désertification échouent, le projet chinois de la Grande muraille verte poursuit son avance: la stratégie utilisée mériterait d’être reproduite ailleurs, plaident des chercheurs, et pas seulement dans le contexte de la lutte à la désertification, mais dans celui de la restauration des terres.

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Ce projet est l’un des plus gros au monde et surtout, un des plus vieux sans interruption. Ce qui contribue sans doute à son succès: « ces stratégies à long terme et sa prévisibilité, de même que son financement en continu », vante un éditorial de la revue Nature paru le 15 avril. 

Cet éditorial est publié en réaction à une analyse de chercheurs chinois publiée le même jour, qui tentent de démontrer pourquoi ce programme, appelé aussi, en anglais, le Three-North Shelterbelt, réussit là où des projets plus connus ont du mal à s’imposer, en particulier la Grande muraille verte du Sahel, en Afrique. Les chercheurs insistent sur l’adaptabilité du projet chinois —mais aussi sur le fait qu’il est plus facile d’adapter un projet d’une telle ampleur lorsqu’il bénéficie d’un financement gouvernemental garanti, sur une longue période. 

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Lancé en 1978, le projet devrait en théorie s’étendre jusqu’en 2050 et couvrir trois régions du nord, du nord-ouest et du nord-est. Son but premier est de freiner l’expansion des déserts du Gobi et du Taklamakan par la plantation d’arbres, mais aussi de fournir du bois de chauffage et de construction aux populations locales.

Qui plus est, le projet a évolué dans le temps. Par exemple, en 2020, les décideurs ont cessé de n’utiliser que le nombre d’arbres plantés comme seul indicateur de progrès, et ont ciblé des indicateurs alternatifs, comme la façon dont la restauration des terres bénéficie aux gens et à l’environnement: la nouvelle végétation atténue-t-elle la fréquence et l’intensité des tempêtes de sable, les plantations créent-elles de l’emploi, etc. 

Ne se limiter qu'au nombre d’arbres plantés est une chose qui a fréquemment été reprochée au projet africain. Lancé en 2007, il devait être terminé en 2030 mais, selon une estimation publiée en 2024, il n’était complété qu’à 30%. 

En termes de pourcentages, on pourrait croire que ce n’est pas si différent du côté du projet chinois: la couverture forestière dans les régions ciblées par le projet est passée de 5% en 1978 à 14% en 2023. Mais en parallèle, la fréquence et l’intensité des tempêtes de sable a diminué de façon notable, au point d’améliorer la qualité de l’air dans les villes, incluant la capitale, Beijing. Le projet a aussi bénéficié, dans la dernière décennie, des investissements massifs de la Chine dans les énergies renouvelables: les régions désertiques du pays ont accueilli de larges installations solaires et éoliennes, et les planteurs d’arbres en profitent pour faire des plantations autour des installations solaires, bénéficiant de leurs ombres et de l’humidité créée.

L’investissement est évidemment davantage un enjeu pour le projet africain, qui dépend en bonne partie de l’aide internationale. Mais le gouvernement chinois, souligne l’éditorial, a cet avantage de voir « la restauration de la nature non comme un coût, mais comme un investissement. Restaurer des terres dégradées et planter ou protéger des forêts est aussi important que de construire d’autres infrastructures, comme des maisons ou des chemins de fer ». Sur ce plan, concluent les chercheurs chinois, la stratégie et la philosophie de leur pays pourraient être reproduites ailleurs.

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