En matière de responsabilité sociale, la jeune industrie aquacole québécoise rassemble des visions divergentes. Les mariculteurs adoptent un comportement proactif tandis que la majorité des pisciculteurs restent encore sur la défensive, comme le témoigne La révolution bleue ? Réalités et défis de l'industrie aquacole québécoise, une enquête pilotée par des chercheurs de l'Université Laval. Cette enquête préliminaire menée entre novembre 2005 et juin 2006 auprès d'une vingtaine d'acteurs du milieu faisait l'objet d'une première présentation lors du récent colloque sur l'aquaculture à l'Université de Rimouski.

« L'industrie de la pisciculture et celle de la mariculture ne se parlent guère, ne partagent pas les mêmes enjeux ni le même point de vue en matière de responsabilité sociale », annonce Dominique Jean, auteur de l'enquête. À l’initiative de Lyne Létourneau, professeure adjointe au département de sciences animales de l'Université Laval, le chercheur a questionné les acteurs du milieu sur les enjeux positifs et négatifs reliés à la pratique de l'aquaculture, mais aussi leur prise en compte de la responsabilité sociale.

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Et, entre l'industrie de la pisciculture et celle de la mariculture, il y a un monde de différences. Les pisciculteurs québécois restent sur la défensive face aux nouvelles normes environnementales contrairement aux mariculteurs. « Ces derniers ne font pas face au même fardeau environnemental. Il y a peu d'acteurs et, au Québec, le moratoire de la production en cage crée une situation bien différente des autres provinces canadiennes et d'ailleurs », explique le chercheur.

Ce caractère distinct a poussé les producteurs à se doter rapidement d'outils de formation des entrepreneurs maricoles et d'information destinés à la population. Le principal enjeu de cette industrie s'avère être en effet les conflits d'usage avec les autres utilisateurs des bords de mer.

Pour les pisciculteurs, la compétition s'avère plus rude. Depuis l'adoption de la nouvelle réglementation en matière de limitation de rejets de phosphore, 50 % des petits producteurs ont abandonné. « Ceux qui sont restés sont encore sous l'onde de choc et se préoccupent surtout de leur survie », relève Dominique Jean. Sans compter qu'une guerre interne divise les troupes. Les rares gros producteurs — plus de 100 tonnes par année, soit 70 % de la production — refusent en effet de s'associer avec les petits qui aimeraient bénéficier de plus de soutien. Et personne ne s'entend non plus sur le prix du poisson.

Cette pré-enquête, qui fera l'objet de publications ce printemps, détaille ainsi les préoccupations d'entrepreneurs aquacoles, mais aussi, de chercheurs, d'employés de différents organismes gouvernementaux ou de support à l'industrie, tels la SORDAC, œuvrant dans ce jeune secteur économique.

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