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On sait que ceux qui créent de la désinformation profitent opportunément de nos biais cognitifs —notre tendance à préférer l’information qui confirme nos croyances— et de nos émotions. Se pourrait-il qu’ils ciblent aussi les villes sans information journalistique locale ?


Ce texte fait partie de notre série sur Les coulisses de la désinformation en science


 

C’est ce que suggère une étude britannique publiée en juin, qui conclut que la désinformation serait près de trois fois plus importante dans les régions qui ont peu de médias locaux reconnus ou n'en ont plus. Les auteurs, associés au groupe de réflexion Social Market Foundation, s’appuient sur 125 000 messages publiés sur des groupes Facebook locaux, sur X et sur Nextdoor —un réseau social qui se spécialise dans les communautés locales. 

Sur Facebook et X, les deux sujets les plus souvent ciblés par de la désinformation étaient l’immigration et l’islamophobie. Des « pics » de désinformation ont été identifiés autour d’élections locales. 

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L’étude pointe du doigt des groupes soi-disant locaux qui citent de fausses communications des municipalités et de fausses accusations visant des élus, en plus de publier du contenu généré par l’IA. 

Le point de départ de cette recherche était une préoccupation qui n’est pas propre aux Britanniques: celle des « déserts informationnels », soit des villes ou des régions dont les médias traditionnels sont disparus. 

Un tel désert a-t-il un impact sur la politique? La réponse est affirmative, et ça a même pu être mesuré. 

  • Par exemple, pour trois économistes de l’Illinois qui ont examiné les chiffres de 1266 comtés des États-Unis entre 1996 et 2015, les finances d’une municipalité ont plus tendance à être dans le rouge… lorsqu’il n’y a plus de journal local. Un média local, écrivaient les trois chercheurs, est traditionnellement ce qui a le plus de capacités à agir comme « chien de garde » des dépenses publiques dans sa région. S’il disparaît, les fonctionnaires et les élus se sentent beaucoup moins redevables.
  • Les politiciens américains sont moins présents pour leurs électeurs et s’impliquent moins dans leurs communautés lorsqu’il n’y a plus de presse locale, avaient conclu en 2010 deux politologues, un Américain et un Suédois. 
  • Le taux de participation des électeurs aux scrutins locaux diminue avec la diminution du tirage des journaux, selon une étude du gouvernement britannique publiée en 2020. 
  • Enfin, en environnement, une économiste avait conclu qu’aux États-Unis, entre 1996 et 2009, les émissions toxiques des usines étaient en moyenne de 29% moins élevées là où il y avait un journal local.

Dans cette même optique, il y a maintenant plusieurs années qu’on identifie, aux États-Unis et au Canada, le phénomène des « faux journaux »: des centaines de sites qui se donnent l’apparence d’un journal local mais ne sont là que pour défendre des prises de position conservatrices, ou défendre une industrie.

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