Capture d’écran 2026-09-14 135621.jpg

Ce billet a une drôle d’origine, comme plusieurs de mes écrits ici, qui suivent souvent l’inspiration et les hasards du moment, et ce, de plus en plus. Et cette liberté n’est pas étrangère au sujet d’aujourd’hui, je dirais. Car dans ce cas-ci, ça commence par un courriel reçu la semaine dernière d’une personne qui m’envoie en document attaché une traduction anglaise complète de l’Éloge de la fuite faite, comme elle le précise au début de l’ouvrage, « pour la simple satisfaction de rendre le travail de Laborit accessible au public anglophone ». En plus de combler une lacune importante, cette traduction se voulait aussi un acte de rébellion, comme elle l’expose aussi en anglais au début du livrel, extrait que j’ai retranscrit vendredi dernier dans le billet de blogue qui présente cette traduction sur mon site web Éloge de la suite consacré à la vie et l’œuvre de Laborit. Mais c’est seulement ce matin, en voulant relayer cette nouvelle ici sur le blogue du Cerveau à tous les niveaux, que je me suis aperçu que ça faisait 50 ans cette année que le bouquin certainement le plus connu d’Henri Laborit avait été publié, en 1976 ! Ça fait donc un demi-siècle que ce livre contribue à transformer des vies, comme ce fut le cas pour moi, pour la personne qui a fait cette traduction, et pour tant d’autres dont la liste serait trop longue à faire ici. Mais pourquoi ? Pourquoi diable tant de gens ne sont pas sortis intacts de la lecture de cet ouvrage écrit par un chirurgien devenu chercheur en pharmacologie, puis « biologiste des comportements », auteur d’une trentaines d’ouvrages dont plusieurs à portée sociologique, politique et philosophique importante ?

Je vais laisser l’une de ces personnes découvertes ce matin en cherchant autour du bouquin sur le Net vous le dire en retranscrivant la conclusion de sa petite présentation d’une dizaine de minutes de l’ouvrage, car je la trouve remarquablement juste. Il s’agit d’un épisode du mois d’août dernier de la chaîne You Tube « L’essence des livres » qui commente ainsi l’expérience de lecture de cet ouvrage de Laborit :

« Laborit écrit par court chapitre, chacun sur un thème : l’amour, la mort, le travail, Dieu, la politique, le bonheur, etc. On peut presque l’ouvrir au hasard. Il parle à la première personne sans se cacher. Il mêle la science et sa propre vie, ses doutes, sa lucidité parfois même temps une forme de paix. C’est d’un homme qui a fait le tour de beaucoup de choses. Ce qui frappe dans ce livre, c’est le ton. Un savant qui parle de la vie avec une honnêteté totale, sans jamais se donner le beau rôle. Il passe de la précision clinique du chercheur à des phrases presque poétiques et ça se lit vite parce qu’il a vraiment cherché à être compris. Ce n’est jamais un cours magistral. C’est un homme qui a compris quelque chose sur les êtres humains et qui essaie très simplement de nous le transmettre. Alors, faut-il le lire ? Oui, et je vais être honnête, ce livre peut changer votre façon de voir le monde. Et une fois que vous avez compris que vos émotions sont des mécanismes de survie, que votre corps se sert de vos sentiments pour se maintenir en vie, vous ne réagissez plus tout à fait pareil, ni à votre comportement, ni à celui des autres. Vous prenez un peu de distance avec vous-même. Vous voyez les ficelles chez vous comme en face. Ça pourrait être désespérant et pourtant c’est l’inverse parce que voir la laisse c’est déjà se tenir un peu à côté d’elle. Laborit ne nous rend pas plus libre du jour au lendemain. Il nous rend plus lucide et chez lui la lucidité c’est le début de tout. Donc on referme Éloge de la fuite un peu secoué et bizarrement plus léger parce qu’on a enfin des mots pour ce qu’on ressentait sans savoir les nommer. »

 

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

Pour une recension chapitre par chapitre, vous pouvez consulter celle de Mario Jodoin faite sur son site web Jeanne Emard dont je parle aussi à la fin de mon billet sur Éloge de la suite. Et sa conclusion est la même :

« Lire ou ne pas lire? Lire, sans faute! En fait, j’ai lu ce livre il y a au moins 40 ans et je le considérais comme un de ceux qui m’avaient le plus marqué. Cela fait quelques années que je comptais le relire et ce sont des échanges avec l’auteur de ce livre qui m’a donné l’impulsion pour que je le fasse enfin! Ouf, son contenu est très différent des éléments que j’en avais retenus, et il est encore meilleur et plus complet que ma mémoire me le suggérait! Je ne me souvenais par exemple pas de l’importance que l’auteur accorde au concept de domination, alors qu’il est une des bases de ce livre! »

Eh oui, l’auteur du livre en question dont parle M. Jodoin étant votre humble serviteur, cela me donne le goût de continuer avec une anecdote plus personnelle, mon histoire de vie à partir du début de la vingtaine étant si étroitement liée à ma lecture de Laborit. C’est qu’en cherchant ce matin s’il n’existait pas quelque chose qui ressemblait en anglais à « Éloge de la fuite », je suis tombé sur un livre intitulé On Henry Miller. Or, How to Be an Anarchist (2018) dont le premier chapitre s’intitule « In Praise of Flight ». L’auteur, John Burnside, revisite certains ouvrages de l’auteur américain Henry Miller pour montrer l’importance sous-estimée de sa grande sensibilité anarchiste. Or le hasard de ma vie a voulu que je découvre cet auteur, Miller, au moment où j’avais « fuit » en quelque sorte mon milieu pour aller passer une année scolaire en France, entre mon bac et ma maîtrise faits au Québec. Et je me souviens à quel point « mes deux Henri/y » comme je les appelais affectueusement, me poussaient chacun à leur façon hors des sentiers battus (pas étrangers à ceux de celui qui deviendrait plus tard le coauteur de mon livre…). Quelle ne fut pas alors ma (bonne!) surprise de découvrir que les deux extraits en exergue au début de ce premier chapitre du livre de Burnside étaient ceux que vous pouvez voir sur cette capture d’écran, soit l’une de Miller et l’autre de Laborit !

Celle de Laborit étant justement la fameuse note liminaire d’Éloge de la fuite, si poétique et évocatrice de toute cette idée de la fuite salvatrice par l’imagination qui parcourt tout l’ouvrage.

 

Mais pour en revenir à la traduction anglaise à l’origine de ce billet, la personne qui me l’a envoyée fait un commentaire intéressant sur cette traduction du titre versus la sienne :

« « In Praise of Flight » vient d’un article, un « review » d’Éloge de la fuite… Depuis le début il y a un an, ce titre n’a jamais collé… à mon avis, une traduction qui ne reflétait pas le côté provocateur du titre en français.  Je trouvais que « the virtue of fleeing » était plus précis et peut-être même confrontant, tel les « opinions » d’Henri dans ce livre. »

Ce genre d’intrication entre science et histoires de vies que je relate ici est de plus en plus au cœur de mon travail. Pour moi, c’est ce sur quoi débouche une véritable « cognition incarnée ». Et j’aurai dans les mois qui viennent l’occasion de vous en reparler…

* * *

Mais pour l’instant, un exemple bien concret d’un projet bien incarné est cette université populaire que j’anime avec 5-6 camarades, l’UPop Montréal. Car on lance mardi le 22 septembre prochain sa 16e saison de cours gratuits dans les bars, cafés et librairie de Montréal ! Ça se passe à partir de 19h, à la Livrerie, 1289, rue Ontario Est, Montréal (détails de la soirée sur l’événement Fb).

Je vous en reparle la semaine prochaine, mais je peux déjà vous dire que j’aurai une petite contribution dans la programmation dans la foulée de ce que j’ai fait l’année dernière ! 

Je donne