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En temps normal, on n’entend parler du prochain rapport du GIEC que quelques semaines avant sa publication. Cette fois, l’information selon laquelle le prochain rapport arriverait en 2029 plutôt qu’en 2028, en a appris davantage sur les intentions des États qui veulent le retarder, que sur le calendrier des auteurs.

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On apprenait en effet, à la mi-octobre, qu’un groupe de pays, sous l’égide de l’Arabie saoudite, de la Russie, de l’Inde et de la Chine, faisait pression pour le report jusqu’en 2029. Cette information s’est d’abord mise à circuler à Addis Ababa, Éthiopie, où avait lieu une rencontre d’une semaine des instances dirigeantes du GIEC, un organisme créé par les Nations unies en 1988. À la fin de cette rencontre, le 16 octobre, les différentes parties n’étaient pas arrivées à s’entendre sur le calendrier. « Après une semaine de discussions difficiles », a écrit sur Linkedin le représentant de la France pour les négociations climatiques, Benoît Faraco, « une large coalition de pays développés et en développement des cinq continents, unis dans le soutien à la science et au calendrier proposé par les scientifiques, est parvenue à résister à la pression de quelques pays cherchant à ralentir le processus d'adoption de ces rapports ».

Depuis le début des années 1990, les rapports du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat ou, en anglais, IPCC, pour Intergovernmental Panel on Climate Change), sont publiés en moyenne tous les cinq à sept ans. Le 6e remonte à 2021. Ces rapports, divisés en trois volumes totalisant plusieurs milliers de pages, sont rédigés par des scientifiques d’un peu partout dans le monde, et consistent en une revue de la littérature scientifique sur l’état des connaissances —autant les connaissances sur le climat que sur l’adaptation aux impacts à venir. 

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Si les rapports sont écrits par des scientifiques, les instances dirigeantes du GIEC sont, elles, dépendantes des États membres des Nations unies, ce qui leur donne un pouvoir, par exemple sur le budget. Les délégués des États sont souvent les mêmes qui se retrouveront lors des COP annuelles. Or, cette « session plénière » d’Addis Abeba devait entre autres discuter du budget alloué au GIEC. Les délégués n’ayant pas réussi à se mettre d’accord, les travaux pourraient, dans la prochaine année, prendre du retard. 

Tout nouveau rapport, avec la masse de données probantes mises à jour qui vient avec, est chaque fois embarrassant pour les pays qui résistent à préparer leur sortie des carburants fossiles : parce qu’avec chaque mise à jour, le niveau de détail augmente sur les conséquences néfastes du réchauffement et sur les efforts qu’il faudrait mettre de l’avant pour éviter les scénarios du pire. Mais dans le cas de cette future édition, 2028 représente, en plus, un enjeu particulier : en vertu de l’Accord de Paris de 2015, des « bilans mondiaux » des efforts de réduction des gaz à effet de serre (GES) doivent être produits à intervalles réguliers; le premier est paru en 2023, et le prochain est prévu pour 2028. 

Ces bilans permettent de pointer du doigt les bons et les mauvais acteurs —autrement dit, les pays qui ont respecté leurs engagements de réduction des GES et les autres. Les mauvais acteurs font encore plus mauvaise figure lorsqu’ils sont mis en face des toutes dernières mises à jour du GIEC sur les scénarios catastrophiques des impacts appréhendés.  

Reste que, pour les experts du climat qui sont directement impliqués dans l’écriture de l’un ou l’autre des chapitres du futur rapport, cet éventuel retard n’est pas une nouvelle. En coulisses, on l’évoquait dès le début de 2025, alors qu’une semblable session plénière, tenue en Chine, avait échoué. « Il s’agit pour certains États dépendants des énergies fossiles — comme l’Arabie saoudite — de faire de l’obstruction », résumait dans le magazine français Reporterre la politologue Kari de Pryck, de l’Université de Genève. « En clair, faire en sorte que les dernières connaissances ne soient pas toutes disponibles au moment des négociations internationales. »

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