Le GIEC publie cette semaine le dernier des 3 volumes de son 6e rapport. Cet organisme intergouvernemental au fonctionnement original tient un rôle central, mais souvent mal compris, dans la lutte aux changements climatiques.


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Les origines

Au fil des années, ses détracteurs ont souvent vu le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, ou IPCC en anglais) comme un groupe associé aux mouvements écologistes, en tout cas certainement plus associé à la gauche qu’à la droite. Pourtant, il a vu le jour en 1988, sous les gouvernements du président des États-Unis Ronald Reagan, et de la première ministre du Royaume-Uni, Margaret Thatcher.

L’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère commençait alors à sérieusement inquiéter la communauté internationale. Cette prise de conscience allait conduire au premier Sommet de la Terre, tenu à Rio de Janeiro, en 1992, où serait signée  la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. C’est en vertu de cette convention que tous les pays du monde se rencontrent chaque année, depuis 1995, pour la « Conférence des parties », ou COP.

Six rapports depuis sa création

Le GIEC est surtout connu pour ses rapports publiés tous les 5 à 7 ans. Le sixième a été, comme les précédents, divisé en 3 volumes, chacun doté de son « groupe de travail »:

  • le premier s’intéresse aux bases scientifiques des changements climatiques
  • le second évalue les impacts, capacités d’adaptation et vulnérabilité des populations
  • le troisième se consacre à l’étude de solutions ou mesures d’atténuation, capables de réduire les impacts à venir.

Les trois volumes du 6e rapport sont parus en août 2021, février et avril 2022.

L’ampleur que ça a

À lui seul, le premier volume du 6e rapport, fait 3900 pages. Plus de 230 scientifiques de 66 pays y ont contribué. Il contient 14 000 références renvoyant à des articles scientifiques.

Le 2e volume fait 3600 pages, a nécessité la collaboration de 270 auteurs de 67 pays et contient 34 000 références à des articles scientifiques révisés par les pairs.

La sélection des auteurs s’effectue sur diverses bases comme l’expertise, mais aussi l’expérience, la nationalité et le sexe – même si le GIEC a déjà été critiqué à cet égard. Sur 3598 candidatures reçues pour le 5e rapport, 831 avaient été retenues.

Ce que les rapports du GIEC ne sont pas

Les rapports ne sont pas contrôlés par les politiciens, comme les négationnistes des changements climatiques l’ont longtemps prétendu. Chaque volume est accompagné d’un « Résumé à l’intention des décideurs »: les plus récents faisaient environ 40 pages. Ce sont ces résumés qui sont relus en plénière par des délégations des 195 États membres. Ils doivent être approuvés ligne par ligne par ces délégués. De fait, leur contenu change souvent jusqu’à la dernière minute afin de garantir un consensus. Une fois qu’il a signé un texte, un gouvernement ne peut revenir en arrière et en contester le contenu.

Mais les rapports eux-mêmes sont sous l’unique responsabilité des experts scientifiques qui y ont contribué.

Autre perception erronée: le GIEC ne crée pas de nouvelles connaissances sur les changements climatiques. Ses experts ont plutôt comme objectif de compiler les informations disponibles issues de publications scientifiques, puis d’en évaluer la solidité. Plus de 52 000 commentaires avaient ainsi été formulés rien que pour le premier volet du cinquième rapport.

Il s’agit, autrement dit, d’une énorme revue de la littérature scientifique sur le climat.

Saviez-vous que

  • Le GIEC a été colauréat du prix Nobel de la Paix en 2007 pour ses efforts « pour accroître et diffuser les connaissances sur les changements climatiques anthropiques et jeter ainsi les bases des politiques à mettre en œuvre pour en contrer les effets ».
  • Le GIEC dépend de l’Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations unies pour l’environnement. Cet organe intergouvernemental autonome est en ce sens une entité hybride, c’est-à-dire scientifique et politique.
  • Il a pour mission « d’évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui sont nécessaires pour mieux comprendre les fondements des risques liés au changement climatique d’origine humaine », sous la forme de rapports exhaustifs.
  • Les scientifiques qui participent à ces travaux sont bénévoles. Ils doivent souvent trouver du financement afin de financer leurs frais de mission.

Quoi de neuf dans le 6e rapport ?

Depuis la parution du 5e rapport, il y a 7 ans:

  • les catastrophes sont de plus en plus courantes;
  • cette hausse est due, dans un grand nombre de cas, à l’activité humaine, une conclusion désormais « sans équivoque »;
  • la plupart des tendances et projections se sont confirmées, ou ont été en dessous de la réalité ;
  • la situation s’est aggravée.

De plus, pour la première fois, le GIEC reconnaît les impacts de la désinformation sur la lutte aux changements climatiques. Il y est question d’une étude de 2018 du sociologue américain Robert Brulle qui estime que 2 milliards $ US ont été dépensés en activité de lobbying au Congrès américain pour influencer les décisions concernant les politiques climatiques entre 2000 et 2016.

 

Photo: GIEC / Flickr