« Nous avons à présent des données montrant que de 2000 à 2007, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté beaucoup plus vite que prévu », a résumé Chris Field, professeur de biologie et des sciences de l’environnement à l’Université Stanford. Au coeur du problème, deux faces de la même médaille :
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- des données qui n’avaient pas encore été obtenues en 2007, ou dont on avait sous-estimé la complexité : entre autres, les émissions naturelles de méthane;
- et des croissances économiques dont on ne tenait pas encore compte, ou qui avaient été sous-estimées, en particulier celles de l’Inde et de la Chine, grandes constructrices de centrales au charbon.
« Les projections sont maintenant dépassées », a-t-il dit dans le cadre d’un atelier intitulé Quoi de neuf et de surprenant depuis le dernier rapport du GIEC (Groupe des Nations Unies sur les changements climatiques), tenu samedi lors du congrès de l’AAAS (Association américaine pour l’avancement des sciences). L’AAAS avait rassemblé pour l’occasion des scientifiques d’autres disciplines qui en arrivent eux aussi à des conclusions pessimistes, dont la Française Anne Cazenave, du Centre national d’études spatiales : les observations satellites, dit-elle, révèlent une hausse du niveau des mers plus rapide que prévu.
Des cercles vicieux
C’est que ces perturbations se nourrissent elles-mêmes : par exemple, plus il fait chaud et plus le sol gelé en permanence (le permafrost) fond, libérant du méthane emprisonné depuis des milliers d’années. Ce méthane contribue à accélérer le réchauffement, ce qui fait fondre encore plus de permafrost, et ainsi de suite...
Encore un exemple? Plus il fait chaud, plus la sécheresse frappe, rendant les forêts vulnérables aux incendies; une forêt disparue, cela fait moins de carbone absorbé par les plantes, ce qui en laisse davantage dans l’atmosphère, contribuant à augmenter la température. D’où, risques de sécheresse accrus, et ainsi de suite...
Incidemment, dans sa conférence de la veille, Al Gore (voir notre texte) avait présenté deux images-choc, toutes récentes, sur la croissance inquiétante des feux de forêts et de brousse.
Quant à la phrase-choc du Dr Christopher Field sur « les projections dépassées », elle s’est rapidement transformée en la nouvelle de la semaine au congrès de l’AAAS —un congrès caractérisé par les discussions sur les enjeux de l’heure plutôt que par de grandes annonces.
Problème : c’est fort de sa crédibilité comme « un des auteurs principaux du 4e rapport du GIEC » (celui de 2007) que le Dr Field a eu droit à cette place d’honneur, mais le processus du GIEC est à ce point lent —c'est le prix à payer pour obtenir un consensus international— que les nouvelles données dont il parle ne seront prises en compte que dans le prochain rapport du consensus... en 2014. Ne serait-il pas temps d’accélérer le processus, lui a-t-on demandé en conférence de presse? Si le biologiste ne s’est pas prononcé là-dessus, d’autres n’ont pas hésité à le faire, comme Peter Frumhoff, directeur du programme climatique à l’association militante Union of Concerned Scientists, qui martèle que l’attentisme « n’est pas une sage politique ».





