"Le gouvernement fédéral va couper les transferts aux provinces et celui du Québec risque fort de revoir le financement des garderies à 7$. Les parents ne vont pas être gagnants: l'argent ne pousse pas dans les arbres", affirme Paul Makdissi, chercheur du Groupe de recherche en économie et développement international (GREDI) et co-auteur de l'étude sur Limpact de la proposition conservatrice de réforme du financement des services de garde sur la pauvreté et linégalité au Québec réalisé dernièrement par Mathieu Audet, Dorothée Boccanfuso et Paul Makdissi.
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Pour l'instant, lorsqu'un parent fait garder son enfant dans une garderie du service public, supervisée par un Centre de la petite enfance (CPE), il paie 7$ par jour, soit environ 150$ par mois. Ce qui est souvent occulté, c'est que l'État estime ce service à 35$ par jour et assume donc la différence, soit 28 $ (ou près de 580$ par mois par enfant). Un coup de pouce mis en place sous le gouvernement péquiste.
Dans cette analyse d'impact préliminaire, les chercheurs font l'hypothèse que face au versement aux familles de 1200 $, la pression politique obligera le gouvernement à diminuer le financement public des services de garde. Une diminution qui entraînerait donc une hausse des frais pour les parents.
Si le scénario avancé par Paul Makdissi et ses collègues se réalise, cela aura un fort impact. "Nous prévoyons des augmentations pouvant aller jusquà 60% de la pauvreté chez les mères monoparentales si les frais de garde augmentent à 25$ par jour" explique le chercheur. En fait, selon ses calculs, dès que les frais de garde atteignent 15 $, la pauvreté augmente: cela signifie 8$ de plus par jour, soit environ 165$ de plus par mois, ce qui est loin d'être compensé par le chèque fédéral (100$ par mois). Pour l'hypothèse de frais de garde à 25$ par jour, la perte nette est de 275$ par jour!
Indices de la pauvreté
Mesurer la pauvreté de manière concrète s'avère tout un défi. Lorsque les analystes parlent de pauvreté, ils choisissent un seuil et un indice donnés. L'Institut Fraser possède ses indices "et un seuil de pauvreté très faible" et Statistiques Canada, les siens. "Le seuil de faible revenu ne définit pas la pauvreté de la même façon", confirme Paul Makdissi. La représentation n'est pas la même suivant le seuil : celui de 15 000 $ englobe évidemment plus de monde que celui de 8000$. L'indice numérique (=la proportion de pauvres), qui est très populaire, n'est pas un bon indice, selon Paul Makdissi. Cet indice pourtant simple à interpréter présente deux problèmes majeurs. "Il est insensible à la profondeur de la pauvreté et à l'inégalité entre les pauvres."
Pour cette étude sur les services de garde, l'équipe de recherche a choisi des indices qui permettent notamment d'appréhender les variations de profondeur de la pauvreté.
"Le meilleur outil pour sortir de la pauvreté est l'accès au travail. S'il devient trop coûteux d'aller travailler, bien des parents pauvres pourraient préférer rester à la maison et garder leurs enfants" avance même Paul Makdissi. Le chercheur du GREDI la connaît bien cette pauvreté dont il parle, l'ayant côtoyée durant quatre ans. "C'est un intérêt personnel. C'est un peu à cause de cette situation que j'ai décidé de m'orienter en sciences économiques lors de mon retour aux études. D'autant plus que mon directeur de thèse Jean-Yves Duclos, professeur à l'université Laval se passionnait pour ces questions", avoue Paul Makdissi. Et il est également papa de jeunes enfants, ce qui multiplie l'intérêt pour les mesures politiques qui visent les parents.
La pauvreté, la marotte du GREDI
Créé en novembre 2004, le Groupe de recherche en économie et développement international (GREDI) regroupe des chercheurs en sciences économique intéressés particulièrement par l'analyse du développement international. "Le gros de nos travaux concerne les pays en voie de développement. Nous y avons développé des réseaux importants", présente Luc Savard, le directeur du GREDI et professeur au Département d'économique, de l'Université de Sherbrooke.
Ce jeune groupe de recherche de la Faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke se penche sur différents thèmes, des méthodes d'analyse des distributions de revenus jusqu'à lanalyse du marché du travail ou à lefficacité des institutions financières. Les cinq chercheurs principaux sont actifs depuis 10 à 30 ans dans le domaine. Le vétéran est Petr Hanel, qui se passionne principalement pour les innovations technologiques et la productivité.
L'analyse dimpact de politiques économiques sur les plus démunis, les répercussions locales des accords commerciaux internationaux ou encore les déterminants de la pauvreté, témoignent d'un grand intérêt pour ce qui encourage la pauvreté. "C'est un sujet à la mode depuis une quinzaine d'années", convient Luc Savard. Depuis le début du millénaire, l'ONU, la Banque mondiale et le FMI ont mis en place des programmes pour encourager l'analyse de l'endettement.
"L'analyse de la pauvreté est au centre de leurs préoccupations. C'est pour cela que nous sommes beaucoup sollicités pour proposer des analyses sur ce sujet en demande", explique le directeur du GREDI. Les travaux d'analyse et de méthodologie intéressent aussi ceux qui sont directement concernés par une pauvreté endémique d'une part croissante de leurs populations: les gouvernements des pays en voie de développement.





