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Avec chaque jour de blocage du détroit d’Ormuz qui passe, le manque d’engrais dans certaines régions du monde risque d’amoindrir les cultures pour l’été à venir, et d’accroître les pénuries pour des dizaines de millions de personnes. Une piste de solution: réserver moins de terres agricoles aux biocarburants.

Cela fait bien longtemps que des militants et des chercheurs dénoncent la place accordée à la production de carburants « biologiques » comme l’éthanol: certes, un véhicule qui roule à l’éthanol produit moins de gaz à effet de serre, mais c’est en même temps une quantité énorme de maïs ou de blé qui ne se rend pas jusqu’aux supermarchés. 

Cela représente, en Europe, l’équivalent de 15 millions de miches de pains chaque jour, s’indignait à la fin de mars Paul Behrens, de l’Université Oxford, dans un article consacré au choc alimentaire qui se prépare. « C’est une façon ridicule de produire de l’énergie. » 

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Qui plus est, dans les principaux pays concernés, cette production est largement subventionnée ou répond à des quotas gouvernementaux. De sorte qu’un pays pourrait facilement réduire la production de biocarburants pour permettre à davantage de champs d’être utilisés pour produire de quoi manger l’automne prochain. Ça pourrait même faire l’objet d’une entente internationale, renchérit Martin Qaim, de l’Université de Bonn, en Allemagne.

Mais le scénario du pire serait qu’au contraire, les principaux pays concernés accroissent leur production de biocarburants, dans l’espoir d’ainsi atténuer l'actuelle hausse des prix de l’essence, en particulier chez leurs agriculteurs. Aux États-Unis, c’est exactement ce qu’a annoncé l’Agence de protection de l’environnement le 25 mars: en vertu de ses nouvelles règles, la production pourrait atteindre un niveau record en 2026 et 2027. 

Sauf que si cela a pour conséquence un plus grand déficit de nourriture dans les supermarchés, ce sont les prix des aliments qui vont se mettre à grimper. 

Rappelons que par ce goulot d’étranglement qu’est le détroit d’Ormuz, sont livrés au reste de la planète près de la moitié de l’urée, plus de 30% de l’ammoniaque et 20% du phosphate de diammonium, des ingrédients indispensables aux engrais. Partout sur la planète, là où les agriculteurs se retrouveront en manque d’engrais ce printemps, cela se traduira par moins de productivité dans leurs champs tout au long de l’été, et de moins bonnes récoltes à l’automne. 

Les experts évoquent à titre de comparaison la hausse rapide du prix des aliments des années 1973-74, qui avait été causée en partie à cause d’une baisse des réserves alimentaires mondiales. Pour l’instant, le problème n’est pas là, mais ça pourrait le devenir si la guerre avec l’Iran s’étire, commente dans le New Scientist Jennifer Clapp, de l’Université de Waterloo, en Ontario. Et « si nous avons des événements climatiques majeurs, ça pourrait définitivement empirer vers quelque chose de beaucoup plus sévère ».

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