La science des sondages est mystifiée. Dans la lutte Clinton-Obama qui secoue actuellement les États-Unis, il se passe quelque chose d’étrange, qui oblige sociologues et sondeurs à retourner dans leurs manuels.

L’échec des sondeurs à prédire la victoire d’Hillary Clinton dans le New Hampshire, en janvier, a fait les gorges chaudes, mais les sondeurs, eux, ne l’ont pas trouvé drôle. Bien que, depuis, ils aient prédit avec succès les victoires de Barack Obama, il semble qu’ils aient plus de mal que d’habitude à frapper juste, pour deux raisons inédites: racisme et sexisme.

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Serait-ce qu’un nombre de gens plus élevé que d’habitude « n’osent pas » dire pour qui ils voteront —ou plus exactement, pour qui ils ne voteront pas? Chose certaine, les sondeurs n’ont pas eu de difficultés à prédire les gagnants des primaires du parti républicain. L’Association américaine des recherches sur l’opinion publique a réuni un comité qui doit passer en revue les sondages menés par les différentes compagnies de sondage avant les plus grosses primaires de janvier et de février; le rapport est prévu pour juin.

Les sondeurs « n’ont pas de bases scientifiques » pour une course entre un Noir et une femme, décrit dans le New Scientist un spécialiste des sondages de l’Université Stanford. Le vote d’Obama est surestimé dans les sondages, chez les Blancs, ajoute un psychologue de l’Université de l’État de Washington, Tony Greenwald : c’est-à-dire qu’on se retrouve devant des électeurs réticents à dire au téléphone qu’ils ne voteront pas pour Obama, de peur d’être étiquetés racistes.

Des psychologues avaient mené une expérience « scientifique » en ce sens en 1989 : pendant la course au poste de gouverneur de Virginie, entre Douglas Wilder (un démocrate Noir) et Marshall Coleman (un républicain Blanc), des chercheurs de l’Université de Virginie avaient envoyé des étudiants, Blancs et Noirs, interroger les électeurs. Leur hypothèse s’était vérifiée : un même électeur était plus enclin à dire qu’il voterait pour Wilder s’il était interrogé par un étudiant Afro-américain.

Celui qui avait dirigé cette étude à l’époque, Thomas Guterbock, dit par contre avoir du mal à croire que cet effet puisse encore jouer en 2008, spécialement quand on considère que Clinton et Obama ont des programmes fort similaires. S’il a raison alors, où est le bobo?

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