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Un vaccin contre le sida est hors de question, entend-on depuis le début de la Conférence internationale de Mexico. Concentrons-nous plutôt sur la prévention, disent ces détracteurs. Pourquoi un vaccin serait-il hors de question? Qu’est-ce qui explique qu’après avoir semblé être si près, le mythique vaccin soit à nouveau relégué aux calendes grecques?

Nous avons été trop optimistes, ont reconnu plusieurs chercheurs cette semaine, à Mexico. Un mea culpa tardif, reproche le bulletin médical MedPage : ceux qui tentaient de développer un vaccin anti-sida « admettent à présent que les premières recherches étaient trop centrées sur l’idée de commercialiser un produit, avant même d’en savoir assez sur le VIH et sur la façon dont notre système immunitaire y réagit ».

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Pourquoi cette admission maintenant? Parce que la dernière année a été particulièrement décourageante. En septembre 2007, les tests d’un vaccin que l’on disait être le plus prometteur jamais mis au point, ont été interrompus, après trois ans, par la compagnie Merck, quand il fut démontré qu’il échouait sur tous les fronts. Les Américains n’ont tout d’abord pas abandonné l’idée de tester un candidat similaire sur une grande échelle (et sur deux continents, dont l'Afrique), mais le programme a été finalement rejeté il y a trois semaines par les autorités responsables (National Institute of Allergy and Infectious Diseases).

Cette étude américaine, PAVE 100, aurait coûté 160 millions$. Une version « allégée », au coût de 45 millions$, sera néanmoins entreprise, pour essayer de déterminer si le vaccin pourrait abaisser le taux de VIH dans le sang d’individus qui deviendraient, plus tard, infectés.

Et si tester un vaccin était effectivement un gaspillage d’argent, alors que la prévention peut accomplir bien mieux, pour moins cher? C’est une hypothèse défendue cette semaine à la Conférence mondiale annuelle sur le sida, tenue à Mexico. Mais parmi les défenseurs indéfectibles du vaccin, on trouve des gens très pesants, comme la Fondation Bill&Melinda Gates, qui a versé des milliards de dollars dans la recherche.

Quelle différence entre un vaccin et les médicaments actuellement utilisés avec succès? Un vaccin, en théorie, élimine un ennemi, en utilisant les défenses de notre propre corps —notre système immunitaire. Les médicaments anti-sida, eux, ne font que ralentir la progression du sida. Plus la maladie est diagnostiquée tôt, puis les médicaments réduisent sa présence, jusqu’à, dans certains cas, ramener le virus à un niveau indétectable. Mais il est toujours là, endormi, et les chercheurs craignent qu’il ne finisse par muter, et resurgir, un jour.

L’autre problème, c’est que ce cocktail de médicaments quotidiens s’avère extrêmement coûteux, hors de prix pour les Africains, chez qui se trouvent au moins les deux tiers des personnes infectées.

Pourquoi est-ce si difficile de créer un vaccin, alors que nous avons su créer ces médicaments? C’est la grande question pour laquelle, s’ils connaissaient la réponse, les scientifiques détiendraient la clef du sida.

Ce qu’ils savent :

- le VIH attaque un type particulier de nos cellules : il y pénètre et injecte ses gènes parmi les nôtres. Résultat, à mesure que la cellule fabrique des copies d’elle-même, elle multiplie aussi le virus, dont les copies s’en vont à leur tour infecter d’autres cellules.

- Cette « stratégie », le VIH n’est pas seul à l’employer : c’est la caractéristique d’un groupe appelé rétrovirus, et c’est ce jeu de cache-cache dans nos propres cellules qui les rend plus difficiles à combattre.

- Cette stratégie explique aussi pourquoi le système immunitaire du séropositif diminue au fur et à mesure que progresse le virus : la cellule attaquée fait partie de nos globules blancs, qui sont notre défense contre les envahisseurs. Donc, plus le VIH tue de globules blancs, moins il nous reste de résistance.

Toutefois, ces dernières décennies, les scientifiques ont appris à combattre d’autres rétrovirus. Pourquoi le VIH leur résiste-t-il à ce point? C’est là qu’on entre en territoire inconnu:

- On a observé autour du VIH une « enveloppe », faite du même matériau que certaines cellules humaines, ce qui le rend plus difficile à détecter par le système immunitaire. On espérait, sur la base d’essais prometteurs sur des animaux, que les nouveaux vaccins réussiraient. Chou blanc.

- Pour les scientifiques, un échec n’est jamais complet; cela fait autant de pistes d’éliminées. Mais s’ils ont une idée plus claire du territoire défriché, cela ne les éclaire pas vraiment sur le temps qu’il faudra encore.

- Deux décennies, a risqué cette semaine le Dr Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases. À condition que les « pro-vaccin » obtiennent les fonds qu’ils réclament.

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