Elles ont suscité beaucoup d’espoirs dans les années 1990 puis dans les années 2000... Les années 2010 seront-elles les bonnes? La peau, la colonne vertébrale, l’oeil, le coeur : la course est ouverte à qui réussira la première implantation de cellules souches embryonnaires chez un patient mal en point.

 

Il y a longtemps que les biologistes s’entendent sur les prémisses : les cellules souches d’un embryon, c’est-à-dire celles qui composent un embryon lors de ses premiers jours, sont des cellules qui ne se sont pas encore spécialisées et auxquelles il serait donc possible, en théorie, « d’ordonner » de se transformer en morceau de peau, de poumon, de coeur, suivant les besoins.

Jusque-là, ça va, mais c’est ensuite que ça se gâte. Comment cette transformation s’opère-t-elle? Les mécanismes se sont révélés beaucoup plus difficiles que prévu à comprendre. Et le dilemme moral d’utiliser des cellules d’embryons a occupé une bonne part des esprits depuis 15 ans —justifiant l’une des premières décisions du nouveau président Bush, en août 2001 : interrompre le financement de toute recherche sur de nouvelles lignées de cellules souches d’embryons.

Mais la recherche s’est poursuivie ailleurs dans le monde. Et avec l’arrivée d’Obama au pouvoir, l’interdit a été levé en 2009, et les États-Unis sont à nouveau dans la course. Où en est-on?

La peau

Il y a deux mois, est parue la première étude faisant état d’un fragment de peau humaine créé avec succès à partir de cellules souches embryonnaires. L’idée est de se constituer une banque de peaux pouvant servir aux greffes sur les grands brûlés, en attendant que ceux-ci puissent se faire greffer de la peau « cultivée » à partir de leurs propres cellules.

Jusqu’ici, seules des expériences sur des souris avaient été probantes, mais une équipe dirigée par Christine Baldeschi, de l’Institut de thérapie sur les cellules souches à Evry, en France, serait parvenue à faire « pousser » des fragments de cinq couches de notre épiderme, sur le dos d’une souris. L’équipe espère avoir le OK des autorités françaises pour un essai sur un humain en 2010.

Les yeux

Se faire « pousser » des yeux de rechange grâce aux cellules souches? Pas tout à fait. En novembre, une firme de biotechnologie du Massachusetts, Advanced Cell Technology, a demandé l’autorisation de tester sur 12 patients une injection, dans la rétine, de cellules de l’épithélium pigmentaire (en anglais, RPE) produites à partir de cellules souches. Considérez le haut niveau de spécialisation : ces RPE sont des cellules qui forment une couche située sous les photorécepteurs de notre rétine, servant à recycler les pigments et se débarrasser des déchets. Les 12 patients souffrent d’une maladie rare et incurable (dystrophie maculaire de Stargardt) qui provoque la mort des RPE —et de là, la cécité.

La colonne vertébrale

De ce côté, essais cliniques interrompus. En janvier 2009, on croyait que des cellules souches neurales (du mot neurone) seraient les premières à être implantées chez des humains —des gens souffrant de paralysie à la suite d'un accident de la colonne vertébrale. Mais en août, l’autorité américaine (FDA) a ordonné l’arrêt des tests cliniques. Il fut par la suite révélé que des kystes étaient apparus chez certains des animaux testés par la compagnie pharmaceutique Geron. Comme ces kystes ne se sont pas répandus au-delà des régions endommagées de la colonne vertébrale, Geron espère pouvoir reprendre les tests en septembre 2010.

Le coeur

Et ici, perspective plus lointaine : c’est en 2012 que commenceront les essais cliniques à l’Hôpital George-Pompidou de Paris. Même principe qu’avec les yeux et le reste : injecter des cellules souches dans des coeurs endommagés par une attaque cardiaque, dans l’espoir qu’elles se multiplient et ainsi, réparent les régions endommagées du coeur. Il faudra être patient...

Pascal Lapointe