Du Pakistan, nous parviennent les images d’inondations si catastrophiques qu’elles affecteraient à présent 13 millions de personnes. Et du coup, la question revient sur la table : ce désastre est-il entièrement naturel, ou est-il amplifié par le réchauffement planétaire?

Aucun scientifique n’acceptera de répondre de façon définitive, puisque des pluies dévastatrices qui, pendant la saison de la mousson en Asie, entraînent des inondations et des glissements de terrain, il y en a toujours eu.

N’empêche que ce qui se passe maintenant au Pakistan dépasse, et de loin, tout ce que ce pays a connu depuis au moins deux générations, pendant que la Chine, la Corée et des parties de l’Inde, souffrent elles aussi de pluies hors de l’ordinaire, et pendant qu’une partie de la Russie ploie, depuis la fin de juin, sous la pire canicule en plus d’un siècle... Tous ces événements sont interreliés. Et ils ramènent à la mémoire la prévision no 1 des climatologues : le réchauffement planétaire entraînera un plus grand nombre d’événements « extrêmes ». On ne sait juste pas ni quand, ni à quelle vitesse.

Peter Stott, du Bureau météorologique britannique (MET) explique tout d’abord dans The Guardian du 9 août, en quoi ces événements à Moscou, en Chine et au Pakistan, sont reliés :

D’ordinaire, les courants dans la haute troposphère au-dessus du nord de l’Inde, de l’Himalaya et du Pakistan sont dominés par l’anticyclone de la mousson, qui pousse les jets vers le nord (...), ce qui empêche les systèmes météorologiques de moyennes latitudes de pénétrer vers le sud. Au contraire, cette année, [ces] systèmes météorologiques actifs se sont répandus vers le sud, jusqu’au Pakistan (...) Les records de température à Moscou (...) en sont une autre conséquence, tout comme les pluies excessives au-dessus de la Chine.

Stott tente ensuite de répondre à la grande question : est-ce à cause du réchauffement de la planète? Bien que se disant incapable d’y répondre par l’affirmative —les événements de cette année pourraient être des cas exceptionnels— il insiste sur ce que la climatologie a appris :

[ Le fait que ] les périodes de pluies fortes deviennent plus fortes, incluant en Inde et en Chine, correspond parfaitement à notre compréhension de la physique de l’atmosphère, où de l’air plus chaud retient davantage d’humidité. Nos prévisions quant aux changements climatiques sont soutenues par cette tendance qui émerge dans les observations et montre une nette intensification des événements de pluies extrêmes dans un monde plus chaud.

Le même jour, dans une entrevue pour Wired, son collègue américain Kevin Trenberth, du Centre national de recherche atmosphérique, faisait le même lien entre la canicule en Russie et les inondations au Pakistan. « Les deux choses sont reliées sur une très grande échelle, à travers ce que nous appelons une circulation moussonique. »

Il y a [ au Pakistan et en Inde ] une mousson, où la circulation vers le haut est nourrie par l’air très humide qui s’en va vers l’intérieur des terres. Et il y a des pluies exceptionnellement fortes. Cela pousse l’air vers le haut. Cet air doit redescendre quelque part : une partie redescend loin au nord [ en Russie ].

En attendant, les records s’accumulent, et l’année n’est pas finie :

- Le nombre de désastres naturels recensés pendant la première moitié de 2010 atteindrait un record, selon la compagnie d’assurances allemande Munich Re. - Cette même compagnie estime que le nombre annuel d’événements météorologiques extrêmes (incluant les tornades et les inondations) aurait triplé depuis 1980. - Selon l’agence américaine de l’atmosphère et des océans (NOAA) l’année 2010 est, à la surface de la planète, en bonne voie de devenir la plus chaude depuis que de telles mesures sont prises au 19e siècle, surpassant 2005 ou 1998 (dépendamment de la méthode de calcul utilisée).