«Tempêtes, inondations, sécheresses. Le “Global Weirding” a pris le pas sur le “Global Warming”». C’est avec cette boutade, lancée par Lee Ann Jaykus, professeure en salubrité alimentaire à l’Université de Caroline du Nord, que s’est amorcé le dernier colloque de l’Association québécoise pour l’innocuité alimentaire (AQUIA) tenu récemment à Québec.

 

Mandatée par l’Organisation des Nations Unies pour évaluer l’effet des changements climatiques sur notre assiette, la microbiologiste venait y exposer les conclusions de son rapport.

Soulignant d’abord le lien étroit entre l’eau et l’hygiène, elle a tenu à rappeler les multiples rôles de l’eau dans le monde alimentaire (irrigation des cultures, rinçage des légumes et des surfaces de travail, cuisson des aliments, etc.). Elle a aussi insisté sur l’impact important des changements climatiques dans les différentes étapes de la chaîne alimentaire — production, récolte, transformation et consommation. «Ils agissent sur l’écologie des virus, bactéries et parasites qui font partie intégrante de notre environnement».

Elle donne en exemple la bactérie Vibrio parahaemolyticus. Une souche particulièrement virulente, causant une entérite suite à la consommation de fruits de mer. Confinée à l’Asie du Sud-Est jusque dans les années 1990, elle s’est disséminée dans les eaux du globe. Des cas ont été répertoriés en Colombie-Britannique et dans l’État de New York. Les contaminations apparaîtraient durant l’été et l’automne quand l’eau se réchauffe.

D’autres gastroentérites d’origine bactérienne, directement liées aux variations de la température et à une mauvaise hygiène lors de la manipulation des aliments, se propageraient facilement. «Si les périodes plus chaudes deviennent plus fréquentes, les visites chez le médecin risquent de s’intensifier», met en garde la chercheuse.

Les animaux d’élevage ne seraient pas non plus épargnés. Avec la chaleur, plus d’insectes nuisibles graviteraient autour d’eux. Et le risque de maladies nuisant à leur santé s’accroîtrait d’autant avec de lourdes conséquences sur la production.

De même, favorisées par la chaleur et l’humidité, les moisissures infesteraient plus facilement les récoltes (blé, maïs, etc.) et produiraient des mycotoxines très dangereuses pour les consommateurs.

Devant ce constat, la microbiologiste conclut sur la nécessité d’une coopération internationale pour déceler les implications des changements climatiques sur la production alimentaire mondiale.