Le jour où on décodera des gènes de nos ancêtres hominidés n’est peut-être pas si loin. Voilà que des chercheurs dévoilent de l'ADN retrouvé dans un os de cheval qui a passé les 700 000 dernières années sous la glace. Un record de longévité fracassé.

C’est qu’il y a moins d’une décennie, séquencer les gènes d’hommes du Néandertal, vieux de 30 000 ans, avait été considéré un exploit : l’ADN est une molécule qui se dégrade très vite, et pour obtenir une séquence complète, il faut obtenir et comparer plusieurs séquences partielles.

Les progrès des technologies de séquençage de l’ADN, qui permettent de faire tout cela plus vite —si vite qu’on pourra bientôt en trouver dans sa pharmacie préférée— ont changé la donne. En mettant côte à côte plusieurs séquences incomplètes contenues dans le collagène de cet os de cheval préhistorique, une équipe internationale a fini par reconstituer la quasi-totalité du casse-tête. Le record précédent, celui d'un génome de 110 000 ans, était détenu par un ours polaire depuis l'an dernier.

Le cheval en question appartenait à une espèce éteinte, qui peuplait alors le Yukon. Ses gènes, comme on aurait pu s’y attendre, complexifient le portrait classique d’une évolution «linéaire» —dont le modèle le plus simple est celui que bien des enfants ont eu dans leurs livres d’école, conduisant en ligne droite du petit animal à cinq doigts jusqu’au cheval d’aujourd’hui. Autrement dit, le séquençage de ce génome, publié le 26 juin dans la revue Nature , risque de relancer des spéculations chez les paléontologues et autres biologistes experts des chevaux et zèbres préhistoriques.

Mais cette publication ouvre également la porte à un tout autre type de spéculation: s’il est désormais possible de reconstituer le génome d’un cheval de 700 000 ans, à quand celui d’un Homo erectus de la même époque? Déjà, les gènes des Néandertaliens ont ouvert la porte à bien des questions sur ce qui définit un être humain. Avec les gènes de l’Erectus, on plongerait 15 à 20 fois plus loin dans le passé.

Difficulté de taille: il y a 700 000 ans, nos ancêtres n’étaient pas remontés aussi loin vers le Nord. Il serait donc peu probable qu'on retrouve un os qui, grâce au sol gelé en permanence, aurait conservé de l’ADN aussi longtemps. Mais il existe bien des cavernes où la température, même sous les Tropiques, reste stable. La course aux gènes préhistoriques est engagée...