Chaque année, les médias s’excitent sur l’arrivée du «jour le plus déprimant de l’année» (Blue Monday): un lundi de janvier, assez loin des Fêtes mais encore assez loin du printemps. L’origine de cette excitation? Une pseudo-étude... financée par une agence de voyages!

Et ce n’est pas comme si on venait juste de le découvrir: la chose est dénoncée depuis sa «création», qui remonte à 2005. Cette année-là, un psychologue de l’Université Cardiff, en Angleterre, Cliff Arnall, publie une formule mathématique qui, prétend-il, conclut «scientifiquement» que le jour le plus déprimant de l’année est le troisième lundi de janvier.

Son équation a toutefois rapidement perdu de sa valeur lorsque des journalistes ont constaté que l’idée provenait en fait de Sky Travel, une agence de voyages. Quel meilleur moment pour acheter un billet vers une destination ensoleillée, que le jour le plus déprimant de l’année?

L’idée plaît, puisque cette année, elle a généré un débat. La compagnie britannique de boissons protéinées Upbeat a dénoncé le «mythe»: le jour le plus déprimant de l’année ne serait pas le troisième lundi de janvier... mais le premier lundi de janvier!

Leur affirmation s’appuie cette fois sur une étude... des messages circulant sur Twitter.

Les conséquences ne sont peut-être pas aussi triviales qu’elles en ont l’air: le blogueur Ben Goldacre, de Bad Science, s’inquiétait —dès 2009— que des organismes d’aide en santé mentale prennent pour acquis qu’il s’agit d’une véritable information, et lancent des campagnes de sensibilisation en conséquence.

On pourrait croire qu’il existe un fond de vérité, lié à ce qu’on appelle le «blues de l’hiver». Or, beaucoup d’efforts pour trouver une corrélation entre l’hiver et le taux de suicide ou de dépression, ont échoué: une étude de 2000 sur le taux de suicide en Grande-Bretagne entre 1982 et 1996 n’a pas trouvé de «pic» hivernal, alors qu’une étude menée en Ontario deux décennies plus tôt avait trouvé de tels sommets... au printemps et à l’automne. Des études plus récentes sur la dépression ont tour à tour trouvé des sommets dans toutes les saisons, incluant l’hiver, ou pas de sommets du tout.