Les fuites des derniers mois avaient déjà révélé l’essentiel. Pour les uns, le nouveau volume du rapport du GIEC est trop prudent, pour les autres, cette prudence le rend «terrifiant». Alors que les analystes le décortiquent, cinq mots pour comprendre les enjeux qui guideront les décisions des gouvernants... ou pas.

1) Incertitudes...

La différence la plus visible par rapport à la dernière édition, en 2007, c’est apparemment la rareté des prédictions chiffrées. Il n’est plus question de parler, par exemple (comme on le faisait en 2007), d’une augmentation de l’intensité des ouragans de 10 à 20%. Ou du quart de million d’Africains qui souffriront de pénuries d’eau d’ici 2020. Le rapport mentionne ces risques, mais ne les quantifie pas.

Certains chiffres sont par contre bel et bien là, dans le volumineux rapport (2500 pages), mais pas dans le résumé à l’intention des décideurs (48 pages), soit celui qui a fait l’objet de débats plus politiques que scientifiques ces derniers jours à Yokohama, Japon. Ainsi, est citée dans le rapport une estimation de la Banque mondiale, selon laquelle les pays pauvres pourraient avoir besoin de 100 milliards$ pour s’adapter aux impacts des changements climatiques. Cette estimation a été toutefois rayée du résumé pour les gouvernants, après maints débats selon une source anonyme citée par le New York Times .

2) ... mais obligation de s’adapter

Cela dit, quantifiables ou non, il y aura bel et bien des changements, ils sont déjà en cours, et les sociétés n’ont d’autre choix que de s’y préparer. La métaphore qui circule à cet effet est celle de l’accident de voiture: peu importe de savoir avec certitude si on va frapper le mur à 70 ou à 80 kilomètres à l’heure, il faut s’y préparer.

En termes concrets, cela signifie l’élévation de murs pour protéger les villes côtières de la hausse du niveau des océans; des politiques sévères pour économiser l’énergie et l’eau; une agriculture plus efficace; une irrigation des terres plus efficace; une réduction des gaz à effet de serre; des systèmes internationaux d’alertes en santé, face au déplacement de maladies infectieuses.

Deux qualificatifs pour les sociétés du 21e siècle: flexibilité et résilience. Inutile de dire que sur ce plan, plus un pays est riche, et plus il a une marge de manoeuvre.

C’est sur deux fronts que se concentrent les inquiétudes: l’eau et la nourriture.

3) L’eau qui détruit, l’eau qui manque

La science du climat ne permet pas de faire des prévisions précises, mais avec l’eau par contre, des tendances continentales se dégagent. En Amérique du nord par exemple, l’eau va se déplacer en quelque sorte vers le nord, laissant plus de précipitations sur la côte Atlantique et accroissant les sécheresses dans le sud et l’ouest. Tous les pays subtropicaux doivent de leur côté s’attendre à une réduction des réserves d’eau.

Reste que les États-Unis ont la capacité de s’adapter, bien plus que l’Asie du sud et du sud-est, où il faudra compter sur davantage d’inondations à cause de la montée des océans.

4) Pénuries alimentaires

Inondations et sécheresses, températures accrues, ça veut aussi dire moins de nourriture. La production de blé en Russie et de riz en Asie va décliner et le GIEC estime —un autre chiffre qui a survécu— à 140 millions le nombre de personnes qui pourraient faire face à des pénuries au moins une fois par décennie, vers 2070.

C’est en Afrique que ces pénuries feront le plus mal. Déjà ces dernières années, des pays comme l’Égypte ont été durement touchés par la hausse du prix du pain. Le GIEC ne voit pas de signes d’amélioration, considérant à quel point le continent tout entier est vulnérable aux variations climatiques.

Un autre chiffre, mentionné lors de la conférence de presse: un quart des études dont ce rapport fait la compilation prévoient d’ici la fin du siècle une diminution de la production agricole de 50%.

L’Afrique ne peut, de plus, être traitée comme un bloc monolithique: certaines régions recevront plus de pluies, d’autres non. Cette disparité, mêlée à des déplacements de populations et à des États politiquement fragiles, constitue la bougie d’allumage idéale pour de futures guerres, prévoit le GIEC:

Les changements climatiques augmentent indirectement les risques de conflits violents —guerre civile et violence intergroupes— en amplifiant les moteurs connus de ces conflits que sont la pauvreté et les chocs économiques.

5) Lutter contre la pauvreté?

On se serait étonné, il y a deux décennies de trouver cette recommandation dans un rapport d’un groupe international sur les changements climatiques, mais elle est là. Réduire la pauvreté dans les pays du sud pourrait être la meilleure façon de s’adapter aux dégâts causés par la hausse du niveau des eaux, des ouragans ou des sécheresses. La pauvreté aggrave les impacts, de l’inondation des basses terres aux villes sans systèmes de drainage en passant par la mauvaise nutrition ou la vulnérabilité aux maladies.