Devant la multiplication des bactéries résistantes aux antibiotiques, tirer la sonnette d’alarme ne suffit plus: il faut faire durer les médicaments qui nous restent et développer des alternatives, et pour ça, il faut une coordination à l’échelle internationale. Un objectif qui s’est avéré un échec jusqu’ici.

C’est l’appel que lancent deux auteurs dans l’édition du 22 mai de la revue Nature. Ils reprennent là où l’alerte lancée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le mois dernier s’était arrêtée: un monde sans antibiotiques est à nos portes, et des maladies qu’on croyait faciles à combattre vont redevenir mortelles.

Mais une coordination internationale, ça implique quoi? Davantage de surveillance de la progression des maladies et de l’usage immodéré qui est fait des antibiotiques, entre autres. Or, en dépit de 20 ans d’appels en ce sens, l’OMS a failli, écrivent les Britanniques Mark Woolhouse et Jeremy Farrar.

L’OMS a manqué l’opportunité d’agir comme chef de file sur ce qui était des plus urgents pour faire une vraie différence.

Des lignes directrices pour améliorer l’usage des antibiotiques existants, afin de réduire les prescriptions pour des maux où ils sont inutiles. Des campagnes de sensibilisation destinées aux services de santé et aux agriculteurs, qui font eux aussi partie du problème. «Ce n’est pas une coïncidence, poursuivent les deux auteurs, si les nations avec les politiques les plus strictes sur la prescription d’antibiotiques (les pays scandinaves et les Pays-Bas) ont le plus faible taux de résistance» microbienne.

Mais dans la majorité des pays développés, l’usage clinique des antibiotiques n’a pas décliné, en dépit d’appels fréquents à réduire leur sur-utilisation. Dans les pays en voie de développement dont les revenus sont à la hausse, la consommation augmente très vite; les ventes d’antibiotiques relativement peu coûteux ont été multipliées par cinq en Inde et par trois en Égypte entre 2005 et 2010.

Une coordination internationale permettrait peut-être aussi de s’attaquer à l’autre volet du problème : les compagnies pharmaceutiques qui semblent peu enclines à développer des alternatives aux antibiotiques —un domaine apparemment peu rentable, de leur point de vue. De 1983 à 1992, 30 nouveaux antibiotiques ont été approuvés par l’agence américaine de règlementation (la FDA). De 2003 à 2012, seulement sept. Les gouvernements doivent intervenir avec des incitatifs fiscaux, recommandent les deux auteurs —dont l'un, Jeremy Farrar, est directeur du Wellcome Trust, l’un des plus gros organismes subventionnaires de la recherche en santé au monde.

[Pour les compagnies] le développement de médicaments est un domaine risqué, et les antibiotiques ne génèrent pas autant de revenus que les médicaments pour des problèmes chroniques.

L’assemblée annuelle de l’OMS prenait fin samedi dernier, 24 mai. Parmi ses priorités votées pour l’année figure, sans surprise, la lutte aux microbes résistants. L’OMS peut encourager les gouvernements à s’engager dans son plan d’action, mais elle n’a aucun pouvoir pour les y obliger.