Que faire quand on rencontre un climatosceptique, un militant antivaccination ou un créationniste? Quatre clefs pour argumenter, héritées des philosophes des siècles passés.

En tirer la conclusion absurde qui s’impose

En latin: Reductio ad absurdum. Par exemple, si on croit l’homéopathe qui défend la mémoire de l’eau, alors il est logique de conclure que l’eau des robinets québécois se souvient de ce qu’un milliard de Chinois ont évacué par leurs toilettes l’année dernière. Et vice-versa.

Le rasoir d’Occam

Celle-là est la préférée des scientifiques, parce que c’est une de leurs règles de base: entre deux explications, toujours choisir la plus simple, tant qu’elle tient la route. Par exemple: si l’évolution peut expliquer la diversification des espèces, pourquoi aller chercher une explication plus compliquée qui implique un acteur extérieur qui aurait planifié cette diversification, en plus d’un complot mondial pour aujourd’hui cacher la vérité.

Qu’il reste des mystères à élucider est normal: mais ça n’a pas été une raison pour éviter d’adopter la théorie de la Terre qui tourne autour du Soleil, quand cette théorie s’est révélée beaucoup plus simple que l’autre.

La loi de Sturgeon

Celle-là est moins connue. Elle nous vient d’un auteur de science-fiction, Ted Sturgeon, qui voulait répondre aux critiques de sa discipline. Pour eux, disait-il, «90% de la science-fiction est mauvais». C’est vrai, a-t-il répliqué, mais «90% de n’importe quoi est mauvais». Le jour où les créationnistes pourront dire que 10% de leur contenu est solide, rigoureux, irréfutable, ils mériteront d’être écoutés.

«Sûrement», «évidemment»

Chaque fois que vous voyez ces adverbes dans le contexte d’un argument où votre vis-à-vis essaie de vous convaincre de la justesse d’une théorie douteuse, arrêtez votre lecture et réfléchissez. En général, c’est l’endroit où l’auteur glisse subtilement de ce qui relève de l’évidence («le Soleil influence le climat») vers sa théorie douteuse, en espérant que vous ne remarquerez pas le glissement.

L'auteur américain Daniel Dennett a profité de son dernier livre, Intuition Pumps and Other Tools for Thinking , pour résumer ces trucs du métier, et d'autres. Des trucs de son métier, puisqu’il est philosophe. Or, si la philosophie peut parfois sembler nébuleuse, elle est aussi l’art de discourir —et en cette matière dit-il, face à un croyant qui connaît bien son sujet, il vaut toujours mieux connaître l’ABC de l’argumentation que d’espérer convaincre l’autre avec des statistiques.